Ça y est, maintenant c’est officiel. Abdelaziz Bouteflika, le président sortant s’est porté candidat à la présidence de la République démocratique et populaire, qu’il dirige depuis 1999. Toutes les supputations des apprentis sorciers de la chose politique algérienne, prédisant une impossibilité pour l’actuel résident d’El Mouradia de se porter candidat « à sa propre succession » ont fait tout faux. Ils doivent revoir leurs copies, et sérieusement. Si M. Bouteflika garantit, dans sa lettre de candidature au peuple algérien, des réformes, la nomination de Tayeb Belaïz, qui a eu à garder les Sceaux de la justice et faisant partie du sérail, confirme une révision de la Constitution qui annonce une offre politique importante mais à confirmer et des dispositions qui opèrent déjà comme des perspectives ouvertes pour l’opposition demandeuse d’un changement de fond.
Les mêmes dispositions pourraient cette fois prévoir tous les cas de figure d’un «empêchement» du président de la République. Cela ira de la création d’un poste de vice-président à une rallonge de la durée d’un mandat, et peut-être encore un addenda au nombre de mandat pour la magistrature suprême.
Chez les partis politiques, une ankylose a été pronostiquée dès l’entente des « 4 » pour porter M. Bouteflika vers un cinquième mandat. Une entente synonyme de reconduction du Président actuel, car «Bouteflika ne se présente pas s’il n’est pas sûr de gagner», dixit les formations qui se prétendent de l’opposition.
Si pour des partis comme le RCD, les jeux sont déjà faits et la candidature de Bouteflika n’est pas une surprise, d’autres partis qui «réfléchissaient» sont maintenant acculés dos aux urnes du 18 avril prochain. Il en est ainsi de Ali Benflis, qui se voit toujours perdant d’avance, mais qui sera cette fois sûrement contraint de se jeter dans la bataille présidentielle, ses troupes jugeant inopportun de se classer dans l’opposition et refusant toutes les joutes électorales. Les islamistes, plus divisés que jamais, ne pourront avoir qu’un rôle de lièvre, tout comme Louisa Hanoune, candidate ad vitam aeternam, qui réfléchissait elle aussi. Le FFS soufflant le chaud et le froid, tournera, lui aussi, le dos aux isoloirs des élections présidentielles, tout comme Hamrouche, l’éternel penseur de la République, sans Rodin pour postériser sa position, et qui attend depuis les élections présidentielles de 1999 « une garantie de l’armée », qu’on traduirait plutôt par caution.
Il reste Ali Ghediri qui fait le buzz et joue, déjà, à une victimisation annoncée. Un homme de l’armée, quoi qu’en en déduise, et qui ne pourra sûrement pas faire bouger des lignes qui n’ont fait que tressauter à l’annonce de la candidature de Bouteflika, pour se remettre dans les rangs. Comme tous les prétendants à la présidentielle, les lièvres, les partisans au Président et même ceux qui s’imaginent un destin présidentiel, pour un scrutin où il n’y aura aucun suspense, mais qui pourrait, peut-être, apporter du nouveau pour les réformes que l’on promet historiques.