L’annonce officielle de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour l’élection présidentielle du 18 avril rythme, désormais, la vie politique nationale dans cette phase pré-électorale particulière. L’actuel chef de l’Etat a mis fin donc à toute équivoque concernant sa participation à un scrutin présidentiel qui ne manquait pas, jusque-là, d’équations inconnues. La participation du Président sortant à cette élection change évidement la donne.
Difficile d’y voir autre chose. Cette participation sera au cœur de ce vote auquel seront appelés les Algériens, celui de choisir leur Président pour les cinq années à venir. Les candidatures pour le vote devront être déposées auprès du Conseil constitutionnel avant le 3 mars à minuit. Jusqu’ici, plus d’une centaine de dossiers ont été retirés au ministère de l’Intérieur, mais seuls quelques-uns parviendront à récolter les signatures nécessaires à la validation des candidatures. Avant l’entame d’une campagne qui s’annonce animée. Restera une grande inconnue, la capacité des autorités à mobiliser les Algériens pour cette élection. En 2014, Bouteflika avait été réélu avec plus de 81 % des voix. Cinq ans plus tard, dans un contexte similaire pour les uns, différent pour les autres, que donneront les urnes ?
Une opposition fragilisée
En face du candidat Abdelaziz Bouteflika, qui part irrémédiablement favori dans la compétition d’avril prochain, il n’y a visiblement pas un adversaire qui sort du lot. L’opposition politique reste affaiblie, voire divisée, oscillant entre la tentation de boycotter une élection considérée comme jouée d’avance et celle de soutenir un candidat particulier pour faire face au président sortant. Le mouvement Mouwatana, qui a annoncé son intention de ne pas participer, semble subir des difficultés internes qui le fragilisent.
Le RCD et le FFS, anciens partis d’opposition, ont appelé au boycott du scrutin. Une posture qui devrait être difficile à soutenir après l’annonce du président en exercice. Abderrazak Makri, candidat pour ce scrutin, devrait être intéressant à suivre.
Le candidat du MSP s’était illustré en étant parmi ceux ayant évoqué, avant même la convocation du corps électoral, une « transition inclusive ». Avant que cette option ne soit mise en sourdine. D’autres candidats suscitent la curiosité. Ali Benflis, ancien chef de gouvernement et deux fois candidat face à Bouteflika, en 2004 et en 2014. Et, enfin, l’équation Ali Ghediri, général-major à la retraite qui semble susciter une certaine adhésion.
A la recherche
du consensus
La lettre programme de Abdelaziz Bouteflika, annonçant son intention de « poursuivre la mission » à la tête de l’Etat, si, bien sûr, le peuple le voudra, contenait une annonce qui n’allait évidemment pas passer inaperçue. Celle d’inviter la classe politique à la table de discussions afin de dégager une plateforme consensuelle pour une transition. La classe politique algérienne est ainsi conviée après l’élection, durant l’année en cours, à se mettre d’accord sur une transition qui nécessiterait «un enrichissement profond de la Constitution». Un exercice qui devrait constituer un important évènement national. Difficile, il faut en convenir, de trouver des acteurs politiques qui seraient contre une telle évolution du pouvoir offrant là une occasion pour une « sortie de crise » consensuelle.
Sous le sceau
de « l’après »
La nature même du message du Président, annonçant qu’il est partant pour un cinquième mandat, a irrémédiablement installé le scrutin présidentiel dans la séquence d’après. Les engagements du président actuel d’organiser une conférence nationale inclusive, avec le maximum de consensus, devrait cadencer la pré-campagne et la campagne pour le vote. La question de l’après devrait même booster la compétition électorale, les différents candidats voudront s’installer dans la posture d’acteurs de l’alternance. Le choix de participer pourrait être mû par la quête de légitimité populaire davantage que celle, plus inaccessible, de remporter les suffrages. La campagne présidentielle qui précédera le vote constituerait, à n’en pas douter, une tribune inespérée pour les différents candidats mais pas seulement. Même les tenants du boycott y trouveront opportunité à exprimer leur défiance envers un pouvoir qui semble aujourd’hui face à l’inéluctabilité d’évoluer.<