L’annonce de candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour l’élection présidentielle du 18 avril prochain a mis fin au suspense entretenu depuis des mois. Un suspense qui aura poussé certains acteurs de l’opposition, chefs de parti soient-ils ou personnalités nationales, à se lancer dans la course pour le palais d’El Mouradia.

Maintenant que Bouteflika veut succéder à lui-même, il serait difficile – pour ne pas être affirmatif – pour les autres candidats et à l’opposition, de manière générale, de s’imposer devant la machine électorale mise en place pour le soutenir.
Qui dit Bouteflika dit quatre partis de l’Alliance présidentielle, FLN, RND, TAJ et MPA, en plus d’autres formations politiques naissantes qui se joignent à la campagne de soutien au candidat. La force de mobilisation de ces partis n’est pas à démontrer, preuve en est le meeting organisé le 9 février à la Coupole par le FLN.
Aussitôt déclaré candidat, les partis de l’Alliance se sont précipités à rendre publics des communiqués s’engageant à travailler pour «la victoire» de Bouteflika le 18 avril prochain. Ils annoncent la couleur. A eux s’ajoutent les organisations de masses, la centrale syndicale Ugta et les acteurs du monde économique, notamment la Confédération FCE.
En face, l’opposition semble engager une bataille sans beaucoup d’atouts. Outre les partis ayant appelé au boycott, dont la voix peine à être écoutée ou à susciter pour le moment un écho dans une société démissionnaire de la chose politique, les principaux candidats déclarés sont dans la panique. Une posture qui dénote bien de la peur de se voir largement distancé par celui qui part comme «favori». On l’a vu dans leurs différentes réactions à la déclaration de candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat. Ali Benflis, principal adversaire du Président lors de la présidentielle de 2014, a qualifié de « décision irresponsable » cette annonce. Son parti, Talaie El Hourriyet crie d’ores et déjà à la fraude. « Nous sommes en présence d’un nouveau détournement annoncé de la volonté populaire », écrit-il dans un communiqué, dénonçant « une violation caractérisée de la Constitution avec un candidat dans l’incapacité d’exercer la fonction présidentielle ». Benflis, dont la décision finale de candidature revient au comité central du parti, qui se réunira vers la fin du mois en cours, ne souffle aucun mot sur cette question.
Panique
Pour sa part, Ali Ghediri, qui se pose cette fois comme principal rival du candidat du pouvoir, n’a pas voulu réagir à l’annonce de Bouteflika. Logique, puisque le général-major à la retraite a déclaré à maintes fois qu’il n’a pas élaboré son plan de bataille sur la base de X ou de Y. Pourtant, la réaction de son directeur de campagne, Mokrane Aït Larbi, est significative à plus d’un titre. «Il y a dans toutes les institutions, dans la société civile et dans tout le pays de l’est à l’ouest, des gens corrompus connus. Nous les avons vu hier avec la mascarade qu’ils nous ont montrée», dira Aït Larbi dans une vidéo, faisant allusion au show de la Coupole.
Et de regretter que ces «corrompus soient réunis pour défendre leurs intérêts», tandis que les gens «intègres et propres» dont «fait partie» le camp de Ghediri, «sont divisés». «Je lance un appel aux Algériennes et Algériens propres, afin d’être la main dans la main pour faire sortir le pays de son impasse et de cette situation inédite dans son histoire», conclut le directeur de campagne du candidat libre.
De son côté, Abdelaziz Belaïd, candidat du Front El Moustakbal, évite de parler de Bouteflika, soutenant, dans un entretien accordé hier à nos confrères d’El Khabar, que «si le peuple participe massivement au vote, il lui reviendra de donner le pouvoir pas à ceux qui sont alignés derrière le candidat du pouvoir».
Il est ainsi clair que les réactions des candidats de l’opposition divisée, ce qui diminue de ses chances de gagner l’élection , expriment une panique qui cache mal leur peur de rivaliser avec Bouteflika. Ce dernier a, pour rappel, été élu en 1999 à l’occasion de son premier mandat, avec 73,8% des suffrages. Depuis, il sera réélu en 2004, en 2009 et en 2014 avec respectivement 85,0%, 90,2% et 81,5% de voix, selon les chiffres officiels.<