Pékin a annoncé lundi avoir protesté officiellement auprès d’Ankara après de virulentes critiques turques visant le traitement réservé à la minorité turcophone des Ouïghours, dont plusieurs centaines de milliers seraient internés. Pékin a également démenti la mort en détention d’un chanteur ouïghour, dont avait fait état samedi la diplomatie turque. Un média d’Etat chinois a diffusé dimanche soir la vidéo d’un homme se présentant comme l’artiste en question et affirmant être en bonne santé. Ankara avait affirmé samedi qu’Abdurehim Heyit, un poète et musicien réputé au sein de la communauté ouïghoure, était décédé alors qu’il purgeait «huit ans de prison pour une de ses chansons». Mais la radio publique Radio Chine Internationale (RCI) a publié sur Twitter une vidéo de 26 secondes présentant un homme s’identifiant comme étant l’artiste en question. «Mon nom est Abdurehim Heyit. Nous sommes aujourd’hui le 10 février 2019», déclare-t-il dans le clip, selon les sous-titres en anglais. «Je suis actuellement l’objet d’une enquête pour violation présumée des lois nationales. Il dit «n’avoir jamais été maltraité». «J’ai vu la vidéo sur internet hier. Elle ne montre pas seulement qu’il est en vie, mais aussi qu’il est en excellente santé», a déclaré la porte-parole Hua Chunying, dénonçant des «accusations arbitraires» d’Ankara. «Nous avons déjà transmis à la Turquie nos protestations officielles», a déclaré à ce sujet devant la presse Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. «Nous espérons que les personnes concernées côté turc pourront distinguer le vrai du faux et corriger leurs erreurs», a martelé Mme Hua. Elle a dénoncé les déclarations «déplorables» de la diplomatie turque et appelé Ankara à retirer ses «mensonges absurdes». Les Ouïghours ont des liens linguistiques et culturels avec la Turquie. Une partie d’entre eux dénoncent la répression de leur religion et de leur mode de vie par les autorités chinoises. Ils constituent le principal groupe ethnique du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), une immense région qui a notamment des frontières communes avec l’Afghanistan et le Pakistan. Régulièrement frappée par des attentats meurtriers, attribués par Pékin à des séparatistes ou des islamistes ouïghours, elle fait l’objet d’une haute surveillance policière.
Accusations en dents de scie
Jusqu’à un million de musulmans, surtout des Ouïghours, y seraient détenus dans des centres de rééducation politique, selon des experts cités par l’ONU et des organisations de défense des droits de l’homme. Des accusations démenties par Pékin qui parle de «centres de formation professionnelle» contre la «radicalisation» islamiste.
La Turquie, qui compte une importante communauté ouïghoure, avait qualifié samedi de «honte pour l’humanité» la «politique d’assimilation systématique» visant les Ouïghours, appelant la communauté internationale et le secrétaire général de l’ONU «à mettre un terme à la tragédie humaine qui se déroule au Xinjiang». Le président Recep Tayyip Erdogan avait lui-même accusé en 2009 Pékin de commettre «une sorte de génocide» au Xinjiang. Des manifestations antichinoises violentes avaient également éclaté à Ankara en 2015 au sujet des Ouïghours. Les liens bilatéraux se sont cependant réchauffés ces dernières années, à mesure que la Turquie s’est éloignée des pays occidentaux.
La diplomatie turque s’était ainsi engagée en 2017 à «éliminer» de son territoire les forces «antichinoises». «La Turquie est un pays multiethnique, qui fait également face à la menace «du terrorisme» , a indiqué Mme Hua. «Elle devrait pouvoir, plus que tout autre pays, comprendre et soutenir les efforts des gouvernements étrangers pour combattre le terrorisme et préserver leur sécurité et leur stabilité».n