Le Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba est l’occasion cette année de dresser un tableau inquiétant de la sécurité dans plusieurs régions du Continent. Il en est ainsi de la Libye voisine où la situation demeure «tendue», selon le rapport présenté aux Etats membres par le Conseil de paix et sécurité de l’Union.

Il est relevé dans ce document que le climat reste «tendu» dans la plus grande partie du pays, en particulier dans la capitale Tripoli où les «confrontations armées entre les milices rivales entraînent des pertes de vies humaines et la destruction de propriétés». «Ce fut le cas en août et en septembre 2018, une période qui a été marquée par des attaques mortelles qui ont ciblé la Société nationale des pétroles en septembre et le ministère des Affaires étrangères en décembre 2018», rappelle le rapport. Au Sud libyen, «des groupes extrémistes et des gangs criminels opèrent librement. Al Qaeda et ISIS font partie de ces groupes, qui sont impliqués dans des incidents de kidnapping et de meurtres, et sont  aussi impliqués dans la contrebande et le trafic. Leurs opérations vont au-delà des frontières de la Libye et embrassent les pays voisins et toute la région», est-il encore relevé dans ce document. Dans un commentaire du rapport et de la complexité libyenne  à la presse, le commissaire à la Paix et à la  sécurité de l’UA, Ismail Chergui, a déploré les effets négatifs de la multiplicité des agendas dans de ce dossier. «Toutes les initiatives et les bonnes volontés sont les bienvenues, mais je crois qu’il faut un cadre d’organisation et de convergence de ces énergies», a estimé M. Chergui en faisant référence aux initiatives prises par des pays comme la France, l’Italie et l’Egypte. Le commissaire africain a constaté que « depuis 2011, on a vu beaucoup d’initiatives et beaucoup d’intervenants, mais la situation ne fait que se compliquer et son impact sur les pays voisins est terrible, en particulier ceux du Sahel».
Multiplication des agendas internationaux, facteur d’aggravation
« Aujourd’hui, on a tiré la sonnette d’alarme et le moment est venu pour que cessent les interférences étrangères. D’ailleurs, la décision qui sera prise lors de la réunion d’aujourd’hui tournera autour du fait que le processus de réconciliation devra être conduit de manière conjointe entre les Nations unies et l’Union africaine. Ensuite, il faut arriver à une solution pacifique rapide pour permettre la tenue de l’élection présidentielle», a-t-il soutenu.
Au sujet du projet de «conférence nationale de réconciliation» qui sera débattu demain dans la capitale éthiopienne, M. Chergui n’a pas exclu la programmation d’une «date». Il n’a pas écarté l’idée non plus d’une «possible date pour l’élection présidentielle en 2019», une échéance dont l’issue pourrait être d’un effet positif sur la bande sahélo-saharienne marquée par un «terrorisme en progression», s’est-il inquiété en évoquant notamment le cas du Burkina Faso, confronté «presque quotidiennement à des attaques criminelles et terroristes». «Les mouvements terroristes se multiplient, s’acharnent sur les populations civiles et les institutions de ces pays», a indiqué Ismail Chergui d’après lequel  la combinaison des attaques avec des conflits interethniques ainsi que des conflits entre communautés pastorales et agricoles «entraîne un niveau sans précédent de violence».
«Le Sahel connaît une situation sans précédent en matière de défi sécuritaire», a souligné le commissaire africain à la paix et à la sécurité, non sans mentionner l’ «accord» des Etats membres de l’UA «sur le fait qu’il faut concentrer les efforts sur l’apport d’une réponse complète à ce phénomène».  «Il ne faut pas uniquement une réponse militaire et sécuritaire, il faut aussi s’assurer que personne n’est laissé pour compte en terme de développement, d’engagement politique et de justice», a-t-il souligné, assurant qu’il faut «donner des emplois aux jeunes quand c’est possible». n