Le dessinateur de presse et auteur de bandes dessinées, Hichem Baba Ahmed alias Le Hic, a publié, il y a quelques semaines, aux éditions Casbah, un album de caricatures intitulé «Juste pour le plaisir», préfacé par Slim, calligraphié par Redha Khouane et commenté par Ahmed Mimoun. Il y croque le portrait de plusieurs personnalités musicales partageant ainsi ses passions pour le dessin et la musique. Dans cet entretien, il revient sur cet album et sur sa pratique (quotidienne) du dessin de presse.

Reporters : Comment est né l’album «Juste pour le plaisir» ?
LE HIC : Au début ce n’était que des croquis et des dessins (parfois inachevés) de chanteurs – donc loin de mon exercice quotidien qui consiste à traiter l’actualité – que j’avais postés sur les réseaux sociaux, histoire de partager un petit «délire mélomaniaque». Et comme on dit, ce partage avait fait le buzz à ma grande surprise. Donc l’idée de compiler (un jour, peut-être) ces dessins en livre commençait à germer. En ce qui concerne la sélection : disons que je n’ai gardé que les dessins les plus «réussis» d’un point de vue ressemblance et exécution.

En plus des dessins, l’album s’organise également autour d’une préface de Slim, de calligraphies de Redha Kouane et de commentaires d’Ahmed Mimoun…

J’ai pris mon temps avant de me décider à faire éditer ce livre. Je ne voulais pas publier juste une succession de dessins de chanteurs tels qu’ils ont été postés sur les réseaux sociaux sans aucune «valeur ajoutée». Le hasard et au gré de quelques rencontres et affinités, Redha Khouane et Ahmed Mimoune, respectivement pour la calligraphie et les commentaires, ont catalysé l’idée, qui est devenue projet puis livre. La préface de Slim est la petite cerise sur le gâteau.

«Juste pour le plaisir» c’est quelque part votre playlist, non ?

Pas particulièrement MA playlist. L’éventail d’artistes est tellement large et éclectique que ça pourrait être la playlist de tout le monde. Le choix des chanteurs était vraiment très aléatoire, selon ce que j’écoutais à mon réveil ou bien des suggestions d’internautes et quelques fois ça coïncidait avec la disparition d’un artiste (Rachid Taha, Prince, David Bowie, etc.) et donc le dessin devenait une sorte d’hommage. Mais étant bon client de tous les genres musicaux, il est vrai aussi que j’ai une sensibilité particulière pour tous ceux que j’ai croqués.
«Le plaisir» du titre renvoie-t-il à votre amour de la musique ou au fait que vous ayez réalisé ces dessins en dehors de l’exercice quotidien du dessin de presse ?
Ce sont le deux à la fois. Voire pour trois raisons : premièrement, je suis en effet mélomane ; deuxièmement, «Juste pour le plaisir» donc sans pression ni stress de l’exercice quotidien ; troisièmement, et aussi le plaisir des rencontres des personnes et des croisements des arts. Je suis, sans prétention aucune, un obsessionnel des concepts et des fusions des genres artistiques.

Est-ce qu’on peut  imaginer une suite à  cet album, voire un  élargissement à d’autres domaines artistiques plus tard ?
Absolument. Je pense déjà à un tome 2 de «Juste pour le plaisir» (rires). L’exercice qui consiste à croquer des chanteurs, acteurs, sportifs etc. est une porte ouverte. le nombre de ce type de personnalités est infini.
Qu’est ce qui vous inspire en tant qu’artiste et en tant que dessinateur de presse ?
Pour commencer, je préfère la deuxième appellation (dessinateur éditorialiste ou dessinateur de presse) à la première (artiste). L’inspiration vient du vécu, du quotidien, des gens, des lumières, des senteurs, du bruit, des rencontres, des lectures…Tout peut déclencher l’instant où la «fameuse idée» surgit.

Quelles sont vos lignes rouges (si vous en avez) ?
Je l’ai toujours dit, mes lignes ne sont pas rouges mais roses ; elles sont latérales. Elles jouent le rôle de balises, comme sur une route. Elles permettent de se recadrer, de se redresser et de maintenir un équilibre dans le contexte (société) dans lequel et sur lequel on travaille. Frontalement, je ne me fixe aucune ligne rouge.

Quel est, selon vous,
l’objectif du dessin de presse ?
Le dessin de presse, appelé communément caricature, est un indicateur social et un baromètre démocratique. Il dénonce, interpelle, soulage, rappelle,…
Il ratisse très large aussi (de 7 à 77 ans). Étant, en effet, un commentaire illustré et un point de vue, il est donc hautement subjectif et par voie de conséquence non-consensuel : certains aiment ou adorent, d’autres moins et d’autres encore détestent. Le dessin ne peut pas faire l’unanimité, son interprétation et sa compréhension dépendent du Background du lecteur.

Un dessinateur de presse doit-il être «engagé» ou un autre terme vous conviendrait mieux ?

«Engagé» certes ! et de fait, sinon il serait «juste» illustrateur (c’est différent). Je rajouterais «passionné» et authentique avec beaucoup d’honnêteté intellectuelle.

La pratique quotidienne d’un métier créatif implique une baisse d’énergie et une panne d’inspiration de temps à autre, ce qui peut, parfois, donner un mauvais résultat ou pas celui attendu. Qu’est ce qu’un mauvais dessin pour vous ?

Il n’y a pas de mauvais dessins, il n’y a que de mauvais dessinateurs (rires). Quelque part, c’est le lecteur qui décide. Il m’est arrivé de «bâcler» un dessin qui finalement rencontre un succès inattendu et, inversement, il m’est arrivé de m’appliquer éditorialement et artistiquement sur une idée avec presque une autosatisfaction qui, à l’arrivée, est moyennement ou peu approuvée.

Comment  on rit aujourd’hui, selon vous ?
L’autodérision, rire de ses propres travers et l’autocritique… quand c’est habilement présenté et intelligemment interprété est une thérapie.
Et je dirais qu’on peut rire de tout…ce qui est «permis».