Les pays européens concernés ont réagi avec tiédeur hier à l’appel de Donald Trump leur demandant de rapatrier leurs ressortissants partis combattre aux côtés du groupe Etat islamique (EI) en Syrie afin de les juger. Le sujet a été évoqué lundi par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bruxelles, alors que l’EI est sur le point d’être vaincu dans son dernier réduit en Syrie par l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS).

«Il n’y aura pas de décision au niveau de l’Union européenne. Elle relève de la compétences de chaque gouvernement», a expliqué la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini à l’issue de la réunion. «Mais nous pouvons avoir une réflexion commune pour apporter une réponse coordonnée», a-t-elle souligné. La Belgique avait appelé dimanche à une «solution européenne». Pour la France et le Royaume-Uni, les combattants étrangers devraient être traduits en justice là où les crimes ont été commis, «conformément à la procédure légale adéquate dans la juridiction la plus appropriée», a déclaré un porte-parole de la Première ministre Theresa May. Berlin voudrait bien répondre favorablement au président américain mais estime qu’à ce stade une telle opération serait «extrêmement difficile», selon son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas. «Nous n’avons en Syrie aucun gouvernement sur lequel nous appuyer, (le président syrien Bachar al-) Assad ne peut pas être notre partenaire, les Forces démocratiques syriennes (FDS, alliance rebelle arabo-kurde, ndlr) ne sont pas un gouvernement», a d’ailleurs pointé la ministre de la Défense, Ursula von der Leyen.
Paris réticent
Le chef de la diplomatie allemande a mis également en avant un manque d’informations en provenance de Syrie permettant de garantir des poursuites judiciaires en Allemagne. Berlin veut «se concerter avec la France et la Grande-Bretagne (…) sur la façon de procéder», a-t-il encore précisé dimanche. Mais la France se montre particulièrement réticente: «Nous nous sommes préparés au cas où quelque chose adviendrait de nouveau, mais à ce stade la France ne répond pas à ces injonctions et garde sa politique au cas par cas», a noté la ministre de la Justice Nicole Belloublet lundi sur la chaîne France 2. «Pour le moment nous ne changeons pas de politique», a-t-elle insisté. Une source proche du dossier a évoqué le cas de 150 Français, dont 90 mineurs. Pour la Belgique, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a rappelé lundi que son pays avait décidé de faire revenir les enfants de moins de 10 ans «dès que ça sera possible en fonction des conditions et puis d’examiner tous les autres cas, dossier par dossier». «Il n’est pas exclu que des pays de la région souhaitent juger ces jihadistes sur leur propre territoire pour des faits commis dans la région. Je pense en particulier à l’Irak», a ajouté M. Reynders qui souhaite «une concertation entre les pays concernés en Europe». L’aspect «pratique» de tels rapatriements est également mis en avant par l’Autriche, qui compterait une trentaine de combattants en Syrie, selon les services autrichiens de renseignement. «On parle d’une zone de conflit, et nous ne pouvons rien faire qui mette nos propres collègues en danger», a fait valoir le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Peter Guschelbauer.
Camps de déplacés
La Suède, en retard sur le plan pénal, se montre aussi très rétive. Le fait de partir rejoindre une organisation terroriste ne tombe sous le coup de la loi que depuis 2016, soit avant les grands départs de 2014 et 2015, et le crime consistant à appartenir à une organisation terroriste ne doit être créé que cette année. Sans voies de poursuite, la Suède ne souhaite donc pas voir revenir environ une centaine de combattants qu’elle ne pourrait juger. «Les Suédois de l’EI qui ont commis des crimes doivent en priorité être jugés dans les pays où ils se trouvent», a prévenu lundi le ministre de l’Intérieur Mikael Damberg. Le président américain Donald Trump a exhorté dimanche les Européens à reprendre leurs centaines de ressortissants détenus en Syrie après avoir rejoint les rangs de l’EI, afin de les traduire en justice.
L’administration semi-autonome kurde pour sa part refuse de juger les étrangers et veut les renvoyer vers leurs pays d’origine. Pour l’heure, s’agissant des étrangers, les hommes qui sont arrêtés sont emprisonnés, les femmes et les enfants retenus dans des camps de déplacés.(AFP)