Malgré la bonne volonté et les efforts consentis par les responsables locaux
du secteur de la santé publique, pour améliorer la prise en charge et la couverture sanitaire des citoyens de Annaba et des wilayas limitrophes, la qualité des soins reste en deçà des espérances des malades.

Pour désigner l’hôpital Ibn-Sina, les citoyens d’Annaba parlent d’antichambre de la mort ou de salle d’attente de la morgue. Un sarcasme qui révèle l’étendue de la fracture qui existe entre les citoyens et les établissements de santé publique à Annaba comme partout ailleurs à travers le territoire national. Ces dernières années, plusieurs services ont été remis à neuf. Et malgré la crise économique que traverse le pays, l’Etat «continue» à débloquer des fonds pour le bien-être des malades. C’est d’ailleurs le cas avec deux services de l’hôpital Ibn-Sina pour lesquels l’Etat vient de débloquer deux enveloppes pour une valeur totale de 5,5 milliards de centimes. Les bâtisses qui abritent les services de néphrologie et d’hémodialyse sont dans un piteux état et représentent une véritable menace pour la vie et la sécurité des malades et du personnel soignant. Ces derniers avaient, dans le passé, protesté plus d’une fois pour demander à ce que leur service soit transféré vers un autre bâtiment. Les pluies diluviennes accompagnées de fortes rafales de vent qu’a connues Annaba dernièrement ont accéléré la dégradation des deux services en question. «Grâce à l’intervention du ministre de la Santé qui a sollicité le Premier ministre, le projet de rénovation des deux services, qui était gelé depuis 2015 à cause de la crise économique vient d’être relancé. Deux enveloppes de 3,5 et de 2 milliards de centimes ont été débloquées», nous a révélé le docteur Bensaïd, premier responsable du CHU d’Annaba.
La décision de fermeture des deux services pour rénovation vient d’être signée par le directeur général du CHU d’Annaba. La direction du CHU a été confrontée au refus des patients souffrant d’insuffisance rénale de quitter le service de néphrologie et d’hémodialyse. Mais après des négociations avec la Cnas et la DAS pour la prise en charge totale des frais d’hémodialyse auprès des cliniques privées pour les malades assurés et non assurés, les malades ont finalement accepté de quitter l’hôpital pour les cliniques privées d’hémodialyse. Cependant, 16 malades lourds (avec plusieurs maladies -dont des cancers- associées à l’insuffisance rénale) ont été maintenus au CHU. Ils ont été répartis sur trois services afin de pouvoir bénéficier du suivi adéquat. En outre, une aile a été créée au CAC d’Annaba pour permettre le suivi des patients ayant bénéficié d’une transplantation rénale, et ce jusqu’à la remise en service des deux services concernés. Pour ce qui est des hémodialyses d’urgences, notamment pour les 16 patients qui sont toujours hospitalisés au niveau du CHU, 7 générateurs d’hémodialyse ont été installés au niveau du service de néphrologie. Les travaux de rénovation du service d’hémodialyse devraient durer quatre mois. «Le service sera donc opérationnel avant cinq mois», nous assure le
Dr Bensaïd.
Des lacunes
Le CHU d’Annaba compte 13 points de garde, mais l’un des points des plus importants est le pavillon des urgences médicales (ex-Frantz Fanon). Sa réalisation a couté extrêmement cher au contribuable. Les lieux sont, certes, impeccables mais certains détails n’ont pas été réfléchis avant la mise en service dudit pavillon (PUM). L’éloignement de ce pavillon de l’hôpital Ibn Sina dont il est censé relever, apporte avec lui un lot de tracas et de désagréments pour le personnel soignant et son quota de victimes collatérales parmi les malades. L’un des soucis les plus graves est l’absence de réanimateurs médicaux en dehors des heures de travail administratives.
Une équipe de garde existe bel et bien, mais elle se trouve au niveau de la structure-mère à plus d’un kilomètre du PUM, ce qui n’a ps trop loin mais quand on a la responsabilité d’équipements médicaux sensibles, on ne peut prendre le risque de quitter le CHU sans ambulance. Des ambulances souvent indisponibles ; ce qui fait que l’équipe de réanimation arrive souvent trop tard -en moyenne 23 minutes après avoir reçu l’appel, soit plus de 18 minutes trop tard.
Pour le Dr Bensaïd, cette situation est regrettable, mais le CHU ne dispose pas, actuellement, de suffisamment de réanimateurs pour pouvoir intégrer une garde de réanimation au niveau du PUM. «Le CHU ne dispose que de 37 réanimateurs, dont seulement 5 réanimateurs médicaux. Il est donc impossible, dans l’immédiat, de créer une garde au niveau du PUM», a-t-il affirmé.
Pour le docteur Bensaïd, le problème du CHU d’Annaba est surtout lié au manque de personnel, notamment en matière de paramédicaux, de chauffeurs d’ambulance et de techniciens de surface. «Mais là encore, il y a une bonne nouvelle. Nous allons procéder au recrutement de 300 personnes d’ici le mois d’avril», a encore révélé le premier responsable du CHU d’Annaba. Le docteur Bensaïd est encore revenu sur le problème du scanner qui avait fait les choux gras de la presse locale et nationale il y a quelques mois. «Actuellement le scanner de l’hôpital Ibn Sina est fonctionnel, sauf qu’il n’y a pas de manipulateur pour le faire marcher. Nous sommes en train de recruter, mais il faudra attendre la prochaine sortie de promotion pour qu’il y en ait un de disponible», a-t-il affirmé. n