Le réseau NADA active depuis une dizaine d’années pour la défense des droits de l’enfance. Son président, Abderrahmane Arar, fait dans cet entretien le point de la question, qui engage, au-delà de l’enfance, la société dans toutes ses dimensions.

Reporters : Quel est votre constat sur la question des droits de l’enfant en Algérie pour l’an 2018 ?
Abderrahmane Arar : Notre constat est qu’aujourd’hui la situation est marquée par l’augmentation de la violence, de la maltraitance, de conflits familiaux, de fugues, d’agressions sexuelles… Nous sommes devant une situation qui demande beaucoup de travail et d’engagement. Il s’agit d’accompagnement, de procédures judiciaires, de prises en charge psychologique, d’insertion en matière de scolarisation ou de formation. Nous, nous faisons tout cela. Le deuxième constat, c’est la lourdeur des procédures judiciaires, c’est-à-dire les procédures qui touchent la protection des enfants. L’enfant ne peut pas attendre trois ans. Il faut des réponses immédiates. Cette lourdeur freine le chemin de vie de l’enfant. Le troisième constat est le manque d’alternatives pour remplir le temps vide de la victime. Nous avons constaté qu’une fois que l’enfant devient une victime, il est livré à lui-même. Or, il y a des alternatives qui doivent participer à la stabilité et à l’équilibre psychologique de l’enfant victime. De plus, au niveau des associations, nous n’avons pas assez de ressources humaines pour la prise en charge des victimes. Nous devons savoir qu’une victime agressée sexuellement vit l’enfer. En 2019, il y a beaucoup d’efforts qui gagneraient à être développés davantage, notamment à travers un allègement de la procédure du système de protection de l’enfant.
Nous commençons une nouvelle année, quelles actions comptez-vous entreprendre ?
Beaucoup de choses sont au programme. Parmi les priorités tracées pour cette nouvelle année, le renforcement de notre réseau qui est actuellement de 150 associations. Nous sommes en train de former des professionnels sur la culture du droit de l’enfant. Ensuite, nous comptons travailler sur quelques sujets comme la mendicité des enfants, les enfants SDF, l’exploitation économique des enfants dans le marché informel. Nul doute que tout le monde a eu à constater qu’il y a beaucoup d’adolescents qui quittent l’école pour aller travailler. Ce comportement a des conséquences très négatives sur la société.
Quid de la pédophilie…
La pédophilie existe sur le monde réel comme virtuel. Nous trouvons ce genre d’agressions même au sein de la famille, nous avons même reçu des cas ou les pères sont les pédophiles. Il faut savoir que la pédophilie est une maladie qu’il faut soigner. Nous informons aussi que l’enfant victime d’un acte sexuel souffre en silence. Il ne parle pas. S’il dénonce, il le fait très tardivement, après des mois, voire même des années. Dans ce cadre, il faut faire un travail de vigilance sur l’enfant. Il faut suivre son comportement, les réactions négatives violentes, etc.

Vous programmez la sortie d’un bilan. Quand sera-t-il sera prêt ?

Oui. Effectivement. Nous sommes en train de faire le point sur ce que nous avons réalisé pendant l’année passée.
Parmi les problèmes familiaux qui ont un impact négatif sur la vie et le comportement de l’enfant, on cite souvent le divorce. Sans doute, votre réseau a travaillé beaucoup avec des enfants victimes de séparation parentale, quelles en sont les répercussions sur l’enfant ?
D’abord, le divorce est un échec social, c’est un problème de lien dans l’institution sociale (les relations sociales) en Algérie. Il est dû au manque de communication, de dialogue, d’espace d’échange, d’espace d’animation, d’espace de mobilité aussi…
Aujourd’hui, la famille vit sous pression. Nous enregistrons des cas de mères qui ont quitté le foyer familial à cause de la violence. Pour ce qui est de répercussions du divorce sur l’éducation de l’enfant, elles sont très négatives. Il provoque un déséquilibre au quotidien de l’enfant (pensées, réflexions, réactions…). Il perturbe aussi son processus scolaire. Et par la suite, les enfants se trouvent généralement dans une situation d’isolement. Dans ce cas, ils peuvent penser à n’importe quel acte (vengeance, fugue, suicide…).
Parce que pour lui, c’est une victime d’un conflit d’adultes. Les parents et la famille sont normalement là pour le protéger, le guider et l’éduquer, pas le contraire. Il est important, dans le cas de divorce, d’écouter l’enfant et être attentionné à ses réactions, ses propos. Malheureusement, ce n’est pas le cas chez nous. L’enfant n’est pas considéré. Il est vu plutôt comme un « objet ». Même dans le cas de divorce, l’enfant a le droit de donner son avis. Nous notons également que le divorce a des conséquences sur plusieurs plans, social, économique, éducatif. Une personne non stable ne peut pas produire. Sur le plan éducatif des enfants, il y aura un déséquilibre. Certes, vous imaginez combien d’enfants vivent avec un seul parent, grandissent avec une seule partie et l’autre partie exercée n’est que la visite. Nous, nous ne le sentons pas, mais après 18 ans, nous assistons à des maladies, des délinquances. « Le divorce n’est pas qu’une procédure ».