Pas de cortège ni de bus remplis de « supporters », de partis, encore moins de groupies ni de flonflons. Tout juste des téléphones portables connectés et un mégaphone. C’est la recette de Nekkaz qui s’est payé hier un bain de foule algérois pour sa pré-campagne présidentielle et rencontré comme dans un show à l’américaine le P/APC d’Alger-Centre Hakim Bettache et néanmoins figure active pour le 5e mandat du chef de l’Etat sortant. De quoi faire distinguer l’enfant de Oued Sly des autres concurrents.

Tout comme Donald Trump, et la comparaison s’arrêtera là, il a choisi de gratter les fonds de tiroirs des électeurs et les réseaux sociaux pour se faire un nom et un chemin vers la présidentielle qu’il sait semée d’embûches. Nekkaz ne fait pas dans la difficulté, il fait dans la simplicité. Il se tourne vers la majorité silencieuse, celle qui maugrée dans son coin, mais ne dit jamais mot. Une majorité qui ne vote pas, une majorité que l’on nomme jeunesse.
«C’est sur vous que je compte pour arriver à la présidence, et c’est avec vous que l’on va changer l’ordre établi», dira, en substance et à chacune de ses apparitions, Nekkaz à une jeunesse qui ne rêve, déjà, plus.

La recette Nekkaz
Le phénomène Nekkaz, car c’est comme ça qu’il faut le qualifier depuis l’entame d’une campagne qui n’a pas encore dit son nom, prend de l’ampleur. Il est passé d’un épiphénomène passager, d’un « amuseur public » à un candidat avec lequel il faut maintenant compter.
Les 60 000 signatures à récolter ne semblent plus être un problème pour le richissime émigré en France. La foule qu’il draine à chacune de ses apparitions ne fait plus de doute sur l’empathie qu’il provoque. Son « importance » aussi n’est plus surfaite et prouve qu’il faut désormais compter avec lui.
D’ailleurs, le P/APC de Khenchela l’a appris à ses dépens, lui qui s’est permis de poster sur sa page Facebook, à forts relents d’infantilisme politique et de vantardise empreinte de fanfaronnade, qu’il est « le maître de la ville de Khenchela », et que «le fils de son père» (celui qui a du courage) vienne à la mairie pour ses signatures. D’ailleurs l’APC sera « fermée à Nekkaz ». L’arrogant premier magistrat honorera ses promesses et gardera les portes de « sa » mairie close devant les milliers de soutiens, la plupart occasionnels, et Nekkaz. La sentence ne tardera pas à tomber sur le P/APC de Khenchela, suite à une décision du wali de la wilaya qui mettra fin à ses fonctions en vertu de l’article 43 du code communal. Une décision sage qui évitera le pire dans une ville où le «taghenanete» (entêtement) est érigé en modèle.
Sur sa page Facebook, Rachid Nekkaz réunit plus de 1,5 million de suiveurs, d’abonnés, donc de possibles électeurs du candidat émigré qui rêve d’être président depuis 2014, dont les 60 000 formulaires de candidature ont été, semble-t-il, égarés au niveau du parking du Conseil constitutionnel.

L’idole des jeunes
Cette fois, et fort de ses mésaventures de la campagne de 2014, Nekkaz a mûri, et ce ne sont pas des slogans creux qu’il lance à la foule qui l’entoure à chacune de ses apparitions, car le flop de Tlemcen, où il a  eu à subir des exactions de la population locale, le candidat «Rachid» l’a transformé en formule gagnante à travers toutes les wilayas visitées pour le moment.
A Annaba, par exemple, Rachid Nekkaz, en plus d’avoir réuni une foule considérable, a eu le réflexe d’un présentateur de télé confronté aux aléas du direct, de tourner en dérision le vol de son portable avec lequel il filme toutes ses tournées en live. «On m’a piqué mon portable, mais ça ne m’empêchera pas de continuer mon direct. J’ai toujours un plan B et un plan C», exhibant deux autres portables en réserve de sa République qu’il voudrait «réellement libre et indépendante».
A Skikda, aussi, la ville s’est soudain révélée trop exiguë pour accueillir le trublion des candidats à la présidence. Des milliers de personnes, d’abord des jeunes, puis des moins jeunes, l’ont accompagné au siège de l’APC où des empoignades ont eu lieu pour avoir « l’honneur » d’apposer son nom au bas du formulaire pour le  « Rachid Président ».
A Constantine, et juste quelques secondes avant l’arrivée du désormais enfant prodige, rien n’indiquait que Nekkaz allait réunir une foule telle que celle annabie ou skikdie.
Aux environs de 15h, une voiture s’arrête au niveau de l’APC centrale. Un des passagers sollicitera la route vers le siège de l’APC. Nekkaz sera vite reconnu par les deux jeunes qu’il avait abordés qui se proposeront pour l’accompagner. Il descendra de voiture, et très vite, des suivistes, des moutons, ou des fans, à chacun de définir les dizaines, puis les centaines, et très vite des milliers de personnes venus applaudir, soutenir, puis porter sur leurs épaules «leur» président vers les guichets de l’APC, où, malgré l’heure tardive, le P/APC et les préposés aux guichets attendaient le candidat. L’incident de Khenchela a laissé des traces et des craintes… Nekkaz repartira de Constantine aux cris de « Rachid président », et des slogans hostiles au cinquième mandat du Président sortant. Rachid gagne assurément les cœurs, qui se transformeront, à coup sûr le 18 avril prochain en bulletins de vote. La méthode Nekkaz est assurément payante, du moins jusqu’à présent. Une voiture, un téléphone, un mégaphone, ciblage de jeunes, autour d’une APC bien sûr, quelques mots qui font tilt, un discours pas compliqué, et ce sont des milliers de formulaires dûment signés pour le Conseil constitutionnel. C’est simple, c’est facile, ce n’est pas cher, beaucoup de candidats en ont rêvé, Rachid Nekkaz l’a fait !<