La pression internationale montait dimanche sur le régime vénézuélien de Nicolas Maduro et Washington a annoncé son intention de «passer aux actes» pour soutenir l’opposant Juan Guaido, après une journée de violences samedi aux frontières du pays où l’opposition tentait de faire entrer de l’aide humanitaire. Reconnu comme président par interim par une cinquantaine de pays, M. Guaido a appelé depuis la ville colombienne de Cucuta samedi la communauté internationale à «envisager toutes les éventualités» face à Nicolas Maduro.

Par Esteban ROJAS à Ureña, avec Rodrigo Almonacid à Cúcuta
Ce dernier refuse l’aide en dénonçant une tentative déguisée d’intervention américaine et a fermé plusieurs points de passages aux frontières vénézuéliennes avec la Colombie et le Brésil. M. Guaido, passé vendredi en Colombie malgré une interdiction de sortie du Venezuela, a annoncé qu’il participerait lundi à Bogota à une réunion sur la crise au Venezuela du Groupe de Lima qui comprend quatorze pays du continent américain, majoritairement hostiles à Nicolas Maduro. Le vice-président américain, Mike Pence, sera présent.
Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a averti samedi que «les Etats-Unis vont passer aux actes contre ceux qui s’opposent à la restauration pacifique de la démocratie au Venezuela». «Maintenant, le temps est venu d’agir pour soutenir les besoins du peuple vénézuélien désespéré», a ajouté M. Pompeo, qualifiant de «brutes» les forces de sécurité vénézuéliennes qui ont durement réprimé des manifestations samedi. Elles ont fait deux morts selon l’ONG Foro Penal, opposée au gouvernement de Maduro, et plus de 300 blessés, dont des Colombiens, selon le gouvernement de Bogota et différentes sources. L’Union européenne s’est dite prête dimanche à accroître son aide humanitaire au Venezuela, condamnant la violence et le recours à des groupes armés irréguliers par le régime pour empêcher l’entrée de l’aide. Le Canada, membre du Groupe de Lima, a réclamé samedi «l’accès sûr et sans restriction» de l’aide au Venezuela et s’est dit «profondément préoccupé» par les actes de violences visant à entraver son entrée dans le pays. Samedi, des troubles ont éclaté aux frontières avec la Colombie et le Brésil, où les manifestants exigeaient l’entrée dans le pays de convois d’aide humanitaire. Plusieurs postes-frontière sont bloqués par l’armée fidèle à M. Maduro. «Ils ont tiré des gaz lacrymogènes, beaucoup, on ne pouvait pas résister, on perdait des forces. Et alors qu’on essayait de retrouver notre souffle, ils nous ont tiré dessus», a raconté à l’AFP Edinson Cisneros, blessé au cours d’affrontements sur le pont Francisco de Paula Santander qui relie la ville vénézuélienne d’Ureña à Cucuta, et qui est bloqué par les militaires de la Garde nationale bolivarienne (GNB).
Les camions font demi-tour
Deux camions et leur cargaison de médicaments ont été incendiés peu après être entrés au Venezuela depuis la Colombie, selon les autorités colombiennes qui ont alors ordonné le retour des autres véhicules. Quelques membres de la Garde nationale vénézulienne ont abandonné leur poste à la faveur de la confusion et ont gagné la Colombie.
Juan Guaido a promis l’amnistie à tout le personnel des services de sécurité qui le ralliait.
Des journalistes de l’AFP dans la ville frontalière de Pacaraima, au nord du Brésil, ont également vu deux camions chargés d’aide envoyés par le Brésil rebrousser chemin. «Guaido nous a donné l’ordre de préserver les produits. Nous voulons passer de manière pacifique», a expliqué par mégaphone un responsable des opérations. «Notre bien le plus précieux, c’est notre vie, nous ne voulons pas nous faire massacrer». Au moins deux personnes, dont un garçon de 14 ans, ont été tués par balle dans des heurts à la frontière entre le Brésil et le Venezuela, selon Foro Penal, qui a accusé les militaires vénézuéliens d’avoir ouvert le feu sur la foule. Un bateau parti de Porto Rico avec de l’aide a par ailleurs rebroussé chemin après avoir «reçu des menaces directes de tir» de marine vénézuélienne, a affirmé le gouverneur de l’île américaine, Ricardo Rosello. Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale dominée par l’opposition et qui s’était auto-proclamé président le 23 janvier, avait fixé la journée de samedi comme date-butoir pour la livraison de l’aide humanitaire stockée aux portes du pays. Le gouvernement colombien, soutien affiché de M. Guaido, a dénoncé des «violations des droits humains». «Cette action pacifique et de caractère humanitaire a été interrompue depuis le Venezuela sous le régime usurpateur de Maduro avec une répression violente et disproportionnée», a dénoncé le ministre colombien des Affaires étrangères, Carlos Holmes Trujillo. Alors que les affrontements éclataient aux frontières, deux marches concurrentes se tenaient à Caracas, l’une en blanc, en soutien à M. Guaido et l’autre, en rouge, pour M. Maduro.
«Dehors, les oligarques!»
Plusieurs milliers de partisans de M. Guaido se sont ainsi retrouvés devant l’aéroport militaire de la Carlota pour appeler l’armée à laisser passer l’aide. S’exprimant devant des milliers de ses partisans, M. Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec «le gouvernement fasciste de Colombie» et a donné 24 heures «à l’ambassadeur et aux consuls» pour quitter le Venezuela en lançant: «Dehors, les oligarques!». «Je ne m’inclinerai jamais, je n’abandonnerai jamais. Je défendrai toujours notre pays, au prix de ma vie si nécessaire», a lancé Nicolas Maduro. Cependant, pour le président colombien Ivan Duque, traité de «diable» par M. Maduro, Juan Guaido est le seul chef de l’Etat vénézuélien en exercice. Selon les autorités colombiennes, au moins 60 militaires vénézuéliens désarmés, dont plusieurs officiers, ont déserté samedi et sont passés en territoire colombien où ils ont demandé l’asile.
L’un des militaires s’est présenté comme «le major Hugo Parra», en uniforme de la Force armée nationale bolivarienne. «Je reconnais notre président Juan Guaido et je lutterai avec le peuple vénézuélien à chaque étape», a-t-il déclaré devant la presse. Au moins 300.000 Vénézueliens souffrent de carences alimentaires et sont privés de médicaments après des années de privations, selon Juan Guaido. Selon les Nations Unies, 2,7 millions de Vénézueliens ont fui leur pays depuis 2015 et quelque 5.000 personnes quittent le Venezuela chaque jour.<