«Green Book» et «Roma» sont les deux grands lauréats de la 91e cérémonie des Oscars qui s’est déroulée, avant-hier  à Hollywood, marquée par un nombre record de récompenses pour les artistes afro-américains et métissés.

«Green Book», l’histoire vraie d’un pianiste noir en tournée dans le Sud ségrégationniste des Etats-Unis, a remporté, dimanche 24 février au soir, l’Oscar du meilleur film. «Tout le film tourne autour de l’amour, du fait de nous aimer les uns les autres malgré nos différences», a déclaré son réalisateur Peter Farrelly en recevant la récompense suprême. Le film a aussi été récompensé pour le scénario original et celui du meilleur second rôle masculin décerné à Mahershala Ali.
Alfonso Cuaron, qui concourait notamment dans la même catégorie, a décroché pour sa part l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour son ode au Mexico des années 1970, «Roma», qui lui vaut aussi le prix du meilleur réalisateur et de la photographie. Succédant à un autre réalisateur mexicain, Guillermo del Toro, qui avait emporté l’Oscar du meilleur réalisateur en 2018 avec «La forme de l’eau», Alfonso Cuaron avait déjà reçu la statuette du meilleur réalisateur pour «Gravity», en 2014, ainsi que celle du meilleur montage.
Rami Malek, le destin fabuleux d’un fils d’émigrés égyptiens
L’Oscar du meilleur acteur a été décerné à Rami Malek pour son interprétation du légendaire Freddie Mercury, le leader du groupe Queen, dans «Bohemian Rhapsody». «Je n’étais peut-être pas le choix le plus évident mais j’imagine que ça a marché», a lancé avec humour celui qui avait déjà été sacré lors des Golden Globes. Ce film a également reçu trois autres statuettes techniques, pour le montage, le montage son et le mixage son.
La 91e cérémonie des Oscars, a débuté avec deux tubes du groupe Queen, représenté cette année par le film «Bohemian Rhapsody» consacré à leur défunt leader Freddie Mercury. Deux membres du groupe accompagnés du chanteur Adam Lambert ont interprété deux versions très électriques de «We will rock you» et «We are the champions», devant un parterre de stars applaudissant debout. Rami Malek a aussi rendu hommage à ses parents, qui ont émigré d’Egypte vers les Etats-Unis avant sa naissance. «Ma mère est là quelque part», a-t-il lancé sous les applaudissements. «Je pense à quoi ça aurait ressemblé de dire au petit Rami qu’un jour tout ça lui arriverait. Et je pense que son cerveau de petit garçon aux cheveux bouclés aurait explosé. Il avait du mal avec son identité, essayait de savoir qui il était. Et je pense à chaque personne qui a du mal avec son identité». «Le fait que je le célèbre et que je célèbre cette histoire avec vous ce soir est la preuve que nous avons besoin d’histoires comme celle-ci. Je suis le fils de migrants d’Egypte, un Américain de première génération», a-t-il conclu sous les applaudissements.
La plus grande surprise est venue au moment de décerner l’Oscar de la meilleure actrice remporté par Olivia Colman, la reine Anne dans la comédie historique sombre et loufoque «La Favorite», du réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Surprise au moment de recevoir le précieux sésame Olivia Colman a lancé : «C’est honnêtement assez stressant. C’est drôle. J’ai un Oscar.» Elle a profité de son discours de remerciements pour rendre hommage à une de ses concurrentes : «Glenn Close, tu as été mon idole pendant si longtemps. Je ne voulais pas que ça se passe ainsi.»

Spike Lee lance un appel de mobilisation pour 2020
L’autre moment fort de la soirée est le discours engagé du réalisateur Spike Lee qui a reçu l’Oscar de la meilleure adaptation pour «BlacKkKlansman», adapté du roman «Black Klansman» de Ron Stallworth, dans lequel il raconte comment, policier noir, il a infiltré une cellule du Ku Klux Klan à la fin des années 1970.
Cinéaste phare de la cause noire, Spike Lee a commencé son discours en rappelant que 2019 signe le 400e anniversaire de l’arrivée du premier contingent d’esclaves noirs aux Etats-Unis. Il a aussi évoqué son arrière-grand-mère, esclave elle-même, et sa grand-mère qui a économisé toute sa vie pour lui payer des études de cinéma. Evoquant le scrutin présidentiel de 2020, il a interpellé le gotha du cinéma d’Hollywood en lançant «Mobilisons-nous, soyons du bon côté de l’histoire». Spike Lee qui a manifesté à plusieurs reprises son hostilité vis-à-vis de Donald Trump, a ajouté : «Faites le choix de l’amour contre la haine. Faisons le bon choix ! [Do The Right Thing]» Cette dernière phrase était un pied de nez, référence à son film «Do The Right Thing», sorti en 1989, rapportent les médias.

Lady Gaga oscarisée pour «Shallow»
La pop star Lady Gaga, vedette du film «A Star Is Born», a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale pour la ballade musicale «Shallow». Lady Gaga a reçu le précieux trophée peu de temps après avoir chanté, en duo, cette chanson du film devenue un véritable tube, avec Bradley Cooper, acteur et réalisateur du film.
Lady Gaga, également nommée dans la catégorie «meilleure actrice» pour sa performance dans «A Star Is Born», a tenu à envoyer un message à des artistes en devenir, comme son personnage Ally dans le film, qui devient une superstar après sa rencontre avec le rockeur torturé, Jackson Maine, joué par Bradley Cooper en déclarant : «C’est beaucoup de travail. J’ai travaillé dur pendant un long moment et ce n’est pas (…) une question de victoire. Mais il s’agit de ne pas laisser tomber. Si vous avez un rêve, battez-vous pour le réaliser.»<

Palmarès de la 91e cérémonie des Oscars
Meilleur film : Green Book, «Sur les routes du Sud»
Meilleur réalisateur : Alfonso Cuaron pour «Roma»
Meilleure actrice dans un rôle principal : Olivia Colman dans «La Favorite»
Meilleur acteur dans un rôle principal : Rami Malek dans «Bohemian Rhapsody»
Meilleure actrice dans un second rôle : Regina King dans «Si Beale Street pouvait parler»
Meilleur acteur dans un second rôle : Mahershala Ali «Green Book : Sur les routes du Sud»
Meilleur film d’animation : «Spider-Man : New Generation»
Meilleur film étranger : «Roma»