Alors que le front de la mobilisation réclamant un changement ne cesse de s’élargir avec l’adhésion de différentes catégories de la société au mouvement initié le 22 février dernier,
le directeur de campagne électorale du candidat Bouteflika ne baisse pas les bras.

Abdelmalek Sellal, au contraire, cherche à y faire face, bien que ce soit, jusqu’à présent, par des rencontres en salles d’où il tente à chaque fois de lancer des messages d’assurance. Aujourd’hui, le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika «tiendra une rencontre avec les représentants du mouvement associatif, à l’hôtel El-Ryad, à 14 heures», selon un communiqué de la direction de la communication du candidat. La même source n’a fourni aucun détail sur l’identité des associations conviées à ce rendez-vous. Quoi qu’il en soit, il s’agira de soutiens traditionnels du chef de l’Etat durant ces mandats précédents. Abdelmalek Sellal fera en quelque sorte un appel à la mobilisation des troupes en prévision de la campagne électorale pour la présidentielle du 18 avril prochain.
Ainsi, l’ancien Premier ministre ne semble reculer devant aucune pression. Bien au contraire, il avance en homme assuré et confiant. Une attitude qui surprend d’ailleurs, surtout lorsqu’on l’entend parler des manifestations populaires. Dimanche à partir de la wilaya d’Adrar, où il assistait en compagnie du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Noureddine Bedoui, à la célébration du double anniversaire de la création de l’Ugta et de la nationalisation des hydrocarbures, M. Sellal n’est pas apparu paniqué. «Je vous assure que les prochains jours seront calmes», a-t-il déclaré à sa sortie d’une rencontre avec des chouyoukh de zaouïas. Interrogé par les journalistes, le représentant de Bouteflika a voulu apaiser les tensions, estimant que «le peuple a le droit de s’exprimer comme il le veut». « Toutefois, bien que des jeunes ne soient pas d’accord (avec les politiques actuelles, NDLR), l’essentiel est qu’ils sauvegardent la stabilité du pays», a-t-il ajouté. Devant l’insistance des journalistes à savoir si Bouteflika allait maintenir quand même sa candidature malgré la pression de la rue, Abdelmalek Sellal répondra : «Heureusement».
Infatigable, semble-t-il, l’homme à qui Bouteflika a confié la mission de diriger sa campagne électorale pour l’élection présidentielle, est décidé donc à poursuivre son travail malgré la forte mobilisation populaire qui s’y oppose. Au moment où les autres candidats et l’opposition se contentent de réagir à cette dynamique, lui s’attelle à sa mission. Après les rencontres avec l’ONM, l’Ugta, l’Union des paysans, l’Union des femmes, les organisations estudiantines, c’est au tour des «représentants du mouvement associatif» de se mettre en ordre de bataille dans la campagne de Sellal. Cependant, force est de constater que, jusqu’à maintenant, tous ses rendez-vous se sont déroulés dans des salles, des sièges sociaux des organisations et des hôtels.
Affronter la rue, dans le cas où le mouvement enclenché le 22 février se poursuit, reste un défi qui paraît complexe à relever. La preuve, dimanche à Adrar, toute la délégation dont faisait partie Sellal, a été accueillie par des protestations. Des dizaines de personnes se sont rassemblées devant la salle du 18-Février où s’est tenu le meeting et ont hué les membres de la délégation, scandant des slogans hostiles au pouvoir et à sa politique. C’est dire la difficulté pour le directeur de campagne de Bouteflika, de trouver les mots et les arguments pour convaincre. Son discours rassurant et l’insistance du candidat sur la «continuité» dans sa dernière lettre à la
nation à l’occasion du 24 février ne semblent pas faire fléchir la contestation. Hier, des collectifs d’avocats, d’intellectuels et universitaires, de femmes libres, outre les étudiants et les lycéens, qui ont déjà rejoint les manifestations, ont exprimé leur
«adhésion» aux revendications populaires. n