PAR NAZIM BRAHIMI et NADIA BELLIL
Le Parti des travailleurs (PT) et Talaie El Hourriyet, les deux formations politiques à entretenir encore le suspense quant à leur participation à l’élection présidentielle du 18 avril prochain, tiendront-ils compte des manifestations de rue enregistrées depuis le week-end dernier ? C’est plus que plausible, même si les deux partis ne l’affichent pas.
Les instances de délibération des partis de Louisa Hanoune et d’Ali Benflis sont à leurs ultimes cogitations dans la mesure où le premier tranchera sur sa position le 1er mars, alors que Talaie El Hourriyet d’Ali Benflis devrait le faire la veille, à savoir le 28 février.
Laissant transparaître des signes d’hésitation depuis la convocation du corps électoral, alors qu’ils ont procédé au retrait des formulaires de candidatures, le PT et Talaie intégreront, selon toute vraisemblance, la donne «rue» dans leur lecture du contexte préélectoral.
«Désormais il y a l’avant et l’après 22 février 2019», a estimé le parti de Louisa Hanoune, au lendemain des marches populaires qui se sont déroulées dans plusieurs wilayas du pays, ajoutant qu’il s’agit d’un «processus politique de recomposition amorçant un tournant politique pour la nation».
Auparavant, le PT a dit refuser «de vivre le scrutin en spectateur ou en acteur passif».
La secrétaire générale du PT s’en est alarmé, à plus d’une occasion, estimant que «ce ne sont pas une simple élection, mais plutôt un rendez-vous avec notre destin». Un tel diagnostic est de nature à légitimer l’option du boycott de l’échéance présidentielle pour le Parti des travailleurs, mais le comité central s’est donné tout le temps nécessaire pour une meilleure lecture de la situation, et peut-être une conceptualisation affinée du choix à prendre. La donne «rue» doit visiblement trouver une place dans la temporisation du parti.
Du côté du parti de Benflis, on rappelle que la décision finale revient au comité central, qui se réunira jeudi prochain pour trancher la question.
Interrogé sur un probable impact des dernières manifestations de rue sur la décision de cette formation politique, son porte-parole, Ahmed Adimi, a déclaré, hier, à Reporters, que Talaie El Hourriyet «apporte son soutien à ce mouvement», tout en expliquant que la latitude de décider revient aux membres du comité central. Pour le même responsable, il y a parmi les membres du comité central, ceux qui sont favorables à l’option de la participation, mais il y a aussi des partisans du boycott.
«Les avis au sein du comité central du parti, composé de 480 militants, sont tellement partagés entre partisans d’une participation et ceux du boycott qu’il va falloir recourir au vote pour trancher la question», ajoute-t-on.
Pour les partisans du boycott, l’élection présidentielle «est jouée d’avance en raison de l’absence de transparence et de garanties pour une élection crédible».
Par contre, ceux qui sont pour la participation à l’élection relèvent que l’échéance est une opportunité pour aller à la rencontre des populations et expliquer le programme du parti.
Signe du dilemme que vit le parti de Talaie El Hourriyet depuis plusieurs mois, les militants s’interdisent un pronostic quant au choix qui se dégagera à l’issue de la session du 28 février.
Il faut rappeler à cet égard que le parti a retiré les formulaires de candidature auprès du ministère de l’Intérieur pour préparer le dossier de candidature après l’envoi d’une lettre d’intention.
«Il ne s’agit pas pour nous de sauter sur l’occasion de la présidentielle. Ce qui nous intéresse au parti, c’est d’étudier les moyens de sortir le pays de la crise qui le traverse, pas la présence de telle ou telle personne à l’élection», nous explique un militant du parti. n