L’ouverture du débat parlementaire à l’APN sur la Déclaration de politique générale du gouvernement a été marquée immanquablement, hier, par les marches contre la candidature du chef de l’Etat sortant à un 5e mandat. En présentant les grands axes de l’action de l’Exécutif, le Premier ministre a, en effet, évoqué ces manifestations devant les députés sur un ton à la fois apaisant et de mise en garde.

Ahmed Ouyahia, qui s’est félicité du caractère «pacifique» des marches et rappeler le «droit» garanti par la Constitution de se rassembler dans le calme et le respect des personnes et des biens, a néanmoins appelé à la «vigilance», une réaction de prudence motivée, a-t-il dit, par le fait que les appels à la marche de vendredi dernier notamment étaient anonymes et que leurs auteurs sont restés masqués. «J’appelle tout le monde, notamment la société, à la vigilance, pour au moins deux raisons. D’abord parce que ces appels émanent de parties anonymes. Les appels ont été cette fois des marches pacifiques, mais peuvent revêtir demain un caractère différent», a déclaré le Premier ministre. «La deuxième raison, a-t-il poursuivi, c’est la crainte de dérapages dangereux. On a eu, hier, un petit échantillon de ce risque de dérapage avec les appels aux élèves à marcher». Ahmed Ouyahia faisait allusion aux marches initiées, hier et avant-hier, par des lycéens à Aokas et Jijel, mais aussi à celle d’Alger organisée par le collectif Mouwatana (citoyenneté), tout comme on peut supposer non sans raison qu’il devait avoir en tête les échos relatifs aux appels, ayant circulé dans les enceintes universitaires, à des manifestations de rue pour aujourd’hui. Le fait qu’il ait décidé de bouleverser l’ordre du jour de son passage devant la représentation nationale montre, de la part du Premier ministre, l’importance que le gouvernement accorde à l’actualité de la rue. Et qu’il suit son évolution, en rappelant que l’essentiel est dans la préservation de la paix et de la quiétude au sein de l’espace public, en veillant à les prémunir de tous risques d’instabilité.
«Responsables ou simples citoyens, nous sommes tous les enfants d’un même peuple. On peut être d’accord ou diverger, mais nous sommes tous des enfants de l’Algérie, une Algérie qui a connu les larmes et la tragédie. Tout le peuple a le droit de vivre dans la paix et la stabilité (…) La loi garantit le droit de manifester pacifiquement et j’espère que l’expression continuera à se faire pacifiquement et que la démocratie algérienne en sortira victorieuse», a conclu le Premier ministre après avoir souligné que la demande de changement entendu dans la rue durant ces derniers jours trouvera une réponse le jour du scrutin présidentiel, le 18 avril prochain. «Je réaffirme que cette élection aura lieu dans moins de deux mois et sera pour notre peuple l’occasion de choisir en toute liberté et souveraineté. Tout le monde a le droit de soutenir un candidat ou de s’opposer à un candidat. Mais tout doit se faire à travers l’urne, de façon pacifique et civilisée», a dit M. Ouyahia. «Je pense qu’après tout ce qu’elle a vécu comme douleurs et connu comme réformes et développement, l’Algérie est arrivée aujourd’hui à cette possibilité de choisir dans le calme, pacifiquement et d’une manière civilisée», a-t-il ajouté.
Dans un passage où il s’est quelque peu départi de sa casquette de Premier ministre pour rappeler qu’il est aussi un soutien à la candidature du chef de l’Etat sortant en tant que chef du RND, Ahmed Ouyahia n’a pas manqué de rappeler que dans la déclaration d’intention de briguer un nouveau mandat présidentiel, Abdelaziz Bouteflika a annoncé le projet d’une conférence nationale de mise à jour importante du dispositif politico-institutionnel de l’Algérie. «Le président de la République s’est engagé, s’il est réélu, à organiser un conférence nationale de consensus sans précédent dans l’histoire de l’Algérie. Une conférence ouverte à tous et où tous les sujets pourront être débattus, à l’exception des constantes nationales et le caractère républicain de l’Etat. Ce sera une porte ouverte à tous, politiques, organisations sociales ou économiques, ainsi que les représentants des jeunes pour apporter leurs propositions de changement, même un changement radical de la Constitution», a-t-il indiqué non sans souligner que cette conférence serait «une première dans l’histoire de l’Algérie» et que «c’est une main tendue sincèrement par le président Abdelaziz Bouteflika» afin de «débattre librement, de dégager une plateforme politique, économique et sociale, et de proposer aussi une réforme constitutionnelle à la hauteur de leurs attentes».<