Par Nadia Bellil, MERIEM Kaci et Hicham L.
Les débats qui ont eu lieu après la présentation du Premier ministre ont mis en évidence une opposition très critique (FFS, RCD, PT, FJD et MSP) à l’égard de la déclaration de politique générale et une alliance présidentielle (RND, FLN, TAJ, MPA et les indépendants) satisfaite du bilan dressé par Ouyahia.
Côté opposition, ce sont les députés du Front des forces socialistes (FFS) qui ont ouvert les hostilités en observant un sit-in au niveau du hall de l’Hémicycle, dès la matinée, tout en boudant la séance de présentation de la déclaration de politique générale de l’Exécutif. Munis de pancartes sur lesquelles on pouvait lire notamment «pour une 2e République» et «pour le respect du droit de manifester pacifiquement», les parlementaires du FFS ont exprimé leur soutien aux marches populaires tenues récemment, tout en accusant le gouvernement d’avoir transformé l’APN en «une tribune électorale en faveur du maintien du régime». «Le FFS estime que la présentation de la déclaration de la politique générale durant cette période «constitue une fois de plus une scène méprisante à l’égard du peuple et de ses représentants élus», a indiqué le président du groupe parlementaire du parti, Sadek Slimani, dans une déclaration lue devant la presse.
Du côté du MSP, c’est la députée Farida Ghomra, qui a critiqué le fait que la déclaration de politique générale intervienne à quelques encablures de la présidentielle, tout en regrettant «une précampagne électorale au profit du président candidat orchestrée par le gouvernement».
Le parti des travailleurs (PT) abonde dans le même sens en considérant que «les autorités ne peuvent plus ignorer la volonté de changement du peuple». C’est du moins ce qu’a soutenu Youcef Taâzibt, député du PT, qui n’a pas manqué de contredire le bilan étalé par M. Ouyahia. «Il y a eu une régression dans tous les domaines», a-t-il lancé. Côté Alliance présidentielle, les députés du RND et du FLN ont appuyé le bilan du président de la République. En effet, les députés du RND ont salué la présentation du Premier ministre appelant l’opposition à «être honnête et à reconnaître les réalisations de logements et d’infrastructures durant les mandats du Président». Le FLN, quant à lui, par la voix de Baha Eddine Tliba, a fait une intervention centrée sur «un bilan très positif du Président qui a consacré sa vie à son pays et qui a gagné toutes ses batailles, la pauvreté, le chômage, l’insécurité et la précarité économique».
Même son de cloche chez le député FLN, Mohamed Djemai, qui dit «ne pas comprendre ceux qui ciblent le président de la République», leur recommandant d’œuvrer pour le changement «sans porter atteinte au Président…» Pour ce qui des déclarations du Premier ministre concernant les marches, Ramdane Taâzibt, député du PT, a estimé qu’Ahmed Ouyahia a tenté de minimiser l’importance des marches». Il a ajouté que «la demande du changement et du départ du système a été unitaire et nationale». M. Taâzibt considère que «certains n’ont pas encore compris que quelque chose a changé depuis ces marches», estimant que désormais «il y a un avant et un après 22 février».
«Ahmed Ouyahia a ignoré le message de la rue» qui «exprime l’aspiration à en finir avec le statu quo». Le député du PT a ajouté, par ailleurs, que le projet de conférence nationale «est en flagrante contradiction», car, a-t-il dit, «si les réformes profondes viendraient de cette conférence, pourquoi alors organiser une élection présidentielle ?». Mohamed Djemai, député du FLN, a pour sa part accusé «des parties» qui agissent de l’étranger «de vouloir manipuler» le peuple. Sans identifier ces parties, il a, néanmoins, estimé que «nous devrions écouter attentivement nos jeunes». Seddik Chihab, chef du groupe parlementaire du RND, a estimé, quant à lui, que «ce que nous avons enregistré constitue un pas en avant dans la pratique démocratique». Même réaction chez Tahar Chaoui, chef du groupe parlementaire de TAJ et Cheikh Barbara, chef du groupe du MPA. Les deux élus estiment qu’il est tout à fait normal que «des gens s’opposent à une politique» et que «d’autres y adhèrent». Les députés du FFS estiment qu’ils suivent avec «attention et inquiétude l’évolution de la situation», réaffirmant leur «soutien à la dissidence citoyenne et pacifique» exprimée à travers le territoire national. Même réaction chez le RCD. Noura Ouali élue de Béjaïa a estimé que la sortie d’Ahmed Ouyahia «est de la provocation». Elle considère que le Premier ministre «a fait comme si rien ne s’était passé cette semaine». «Balayer d’un revers de la main ce qui s’est passé vendredi, c’est pousser au pourrissement et à la violence», a-t-elle encore accusé. Ajoutant que concernant le bilan, Ouyahia «devrait aussi intégrer la harga, le chômage, la drogue, la violence sociale, la délinquance, la corruption…».<