Les manifestations de rue sont désormais devenues un terrain privilégié d’observation et un baromètre de la situation générale dans le pays en cette période pré-électorale.

Par Aghilas Sadi et Aziz Latreche
A l’origine de cet intérêt, les marches du 22 février dernier et les développements qui peuvent survenir après leur succès inattendu et les conséquences qu’elles peuvent générer dans le contexte d’effervescence politico-sociale actuel. En perspective, les nouvelles marches populaires annoncés pour vendredi prochain, 1er mars. Ce nouveau rendez-vous de la contestation sera suivi dans le pays comme à l’étranger en raison de son caractère déterminant du mouvement hostile à la candidature du chef de l’Etat sortant pour un 5e mandat. Pour les activistes inscrits dans cette dynamique comme pour les observateurs de la scène algérienne, ce sera une journée test ; d’où les initiatives de mobilisations constatées depuis quelques jours déjà.
Etudiants, lycéens, journalistes, youtubeurs, blogueurs, avocats, artistes et intellectuels se sont, en effet, lancés dans une prise de parole appelant au «changement» et dont il est question d’évaluer la portée durant les jours à venir. Hier, c’était au tour des avocats d’organiser une petite action de protestation devant le tribunal de Sidi M’hamed à la rue Abane Ramdane à Alger et d’appeler au respect de la Constitution et des libertés publiques. Jeudi prochain, c’est un collectif d’avocats «pour la dignité» qui appelle à une marche à Tizi Ouzou. Amine Sidhoume, avocat et président du réseau algérien de défense des droits de l’Homme, a indiqué à Reporters à propos de cette marche annoncée que des «contacts sont menés pour sensibiliser les confrères» dans les «48 wilayas». Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’Homme (aile Hocine Zahouane), a affirmé que de «nombreux avocats qui ont déjà participé à la marche de vendredi dernier» seront «présents ce jeudi» dans la ville des genêts.
Le mouvement associatif n’est pas en reste, car plusieurs associations dont RAJ, la LADDH, le collectif Agir pour le changement et autres se disent mobilisées. Un groupe d’artistes et de gens de culture, parmi eux Moussa Haddad et Yamina Bachir Chouikh, a par ailleurs rendu public hier un communiqué «contre le 5e mandat et en soutien au mouvement pour le changement». Un autre groupe de 29 intellectuels et universitaires se disent «convaincus que des positions claires et courageuses revêtent, à cet instant historique et décisif, une importance particulière pour l’avenir de l’Algérie». Une importance accentuée par le fait que l’université ne produit plus de sens, ne s’intéresse plus à la chose publique et a renoncé à son statut de porte-parole de la société», lit-on dans le communiqué.
Sujet d’inquiétude, des lycéens dans la rue
Le collectif annonce : «Nous amorçons un débat qui restera ouvert afin de réagir et d’accompagner la marche de la société et prémunir son projet des aventuriers et des parasites qui bénéficient du statu quo. Ils ont privé le peuple du droit à son autodétermination et cherchent, maintenant, à tirer profit du processus en marche pour reproduire un système usé qui constitue une menace pour le présent et l’avenir de l’Algérie». Sujet d’inquiétude relevé hier par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, des centaines de lycéens ont investi la rue dimanche dernier à Jijel en scandant des slogans hostiles au pouvoir. Une action qui a été suivie hier, par une marche organisée dans les rues de la ville d’Aokas dans la wilaya de Béjaïa. Pour leur part, des collectifs d’étudiants comptent tenir aujourd’hui, des sit-in et des marches à Alger, Béjaïa, Batna, Tizi Ouzou, Bouira et Oum El Bouaghi.
Dans ce contexte, le corps des médias publics et privés est secoué, laissant apparaître un malaise face à la rue et à la façon de rapporter l’information depuis vendredi dernier. Après les journalistes de la Chaine III, de la Chaine El Bilad et de la Radio nationale, le tour vient à ceux de la Radio Soummam de Béjaïa.
Les employés de cette radio dont les journalistes ont rendu public, hier, un communiqué dans lequel ils interpellent le directeur général de la Radio algérienne pour qu’il intervienne pour le respect du «bon exercice» de leur fonction.
Ils estiment que les instructions données vendredi pour ne pas parler des marches populaires qui ont secoué le pays constituent un manquement grave aux principes et aux règles du métier du journalisme.<