Répondant à l’appel lancé sur le réseau social Facebook, des étudiants ont marché, hier, à travers plusieurs wilayas à l’intérieur des établissements universitaires, pour exprimer leur opposition à l’option de la continuité.

Par Leïla ZAIMI, Meriem KACI et correspondants
Une ambiance particulière a, en effet, régné dans la majorité des universités du pays où les étudiants se sont mobilisés pour « dire leur mot » et où les forces de police étaient également au rendez-vous dans les alentours des établissements de l’enseignement supérieur pour préserver l’ordre public et faire face à d’éventuels débordements.
Dans certains cas, les étudiants ont pu marcher même à l’extérieur de leur enceinte d’enseignement, exprimant leur « mécontentement de la situation du pays et des perspectives peu prometteuses pour les futurs diplômés». « On est las du statu quo, nous voulons le changement. Nous avons répondu à l’appel lancé par les réseaux sociaux et nous devons faire entendre notre voix.
C’est notre avenir et l’avenir de nos enfants qui est en jeu », a indiqué Rabah, étudiant en journalisme au niveau de l’université Alger 3. « Nous participons à cette manifestation pacifique. Les étudiants ont aussi leur mot à dire, nous sommes concernés par ce qui se passe dans notre pays», nous a déclaré Moncef, 23 ans, étudiant dans la même université. La mobilisation et la colère qui ont gagné les structures de l’Enseignement supérieur sont une preuve que la communauté estudiantine « n’est pas dépolitisée, comme veulent le faire croire certaines parties », indique un étudiant, pour qui ces sit-in « sont notamment une réponse aux organisations estudiantines qui se sont exprimées au nom des étudiants ».
D’autres rassemblements ont été également organisés au niveau de l’Université des sciences technologiques Houari-Boumediène (USTHB) de Bab Ezzouar, à la Faculté Centrale, à l’université de Dely Brahim et de Bouzaréah. Les étudiants de la faculté de médecine à Ben Aknoun ne sont pas restés en marge de la contestation. Ils ont saisi cette occasion pour « dénoncer la situation de l’insécurité au sein du milieu universitaire », eux, qui ont vécu récemment l’horrible meurtre d’un étudiant tué dans sa chambre à la cité universitaire Taleb-Abderrahmane, à qui ils ont d’ailleurs rendu hommage. Cette manifestation a vu les professeurs apporter leur soutien et leur encouragement aux étudiants en leur suggérant une meilleure organisation de la manifestation. Pour sa part, le recteur de l’université Alger 3, que nous avons interrogé, a refusé de lâcher la moindre déclaration sur l’action estudiantine. La manifestation a été, en outre, une occasion aux étudiants d’exprimer leur mécontentement quant « au traitement médiatique restreint des manifestations notamment de la part des chaînes de télévision et de certains journaux ». Il faut souligner que la fin des manifestations a été émaillée de quelques escarmouches au niveau d’Alger-Centre dont les auteurs ne seraient pas des étudiants, selon des témoignages.
A Tlemcen, c’est un bouchon énorme qui a été constaté, dès les premières heures, dans le quartier des Cerisiers. Et pour cause, un sit-in estudiantin devait se tenir sur les lieux. La marche des étudiants en médecine et pharmacie, estimé à deux cents, s’ébranla de la faculté de médecine via l’allée des Pins et Bab Wahrane, avant d’arriver devant le siège de la wilaya vers 11h30. Ils ont été rejoints par la suite par des centaines de leurs camarades, issus du pôle de la Rocade et la Fac Centrale de Bouhenak. A noter que les manifestants s’étaient rassemblés auparavant au niveau des campus avant de rallier le boulevard Pasteur. Il faut mentionner au passage que des élèves des deux CEM du boulevard Pasteur ont rejoint « spontanément » le sit-in, la marche ayant coïncidé avec la sortie des écoles, à midi.
A El Tarf, des dizaines de milliers d’étudiants de l’université Chadli-Bendjedid, des six facultés, sont descendus dans la rue dans une marche pacifique pour protester également. Les étudiants, qui ont séché les cours ainsi qu’un important colloque international sur les libertés et le droit privé, ont emprunté plusieurs rues de la ville, puis se sont dirigés vers le siège de la wilaya. Quelques minutes après, ils ont été ralliés par quelques lycéens et collégiens.
Aucun incident notable n’a été enregistré lors de cette marche pacifique. Les policiers, au vu du caractère de la marche, n’ont pas intervenu et suivaient de loin le mouvement pour intervenir en cas de dérapage. Sur les banderoles, on lisait des slogans hostiles au système en place.
Du côté de la capitale des Hauts-Plateaux, quelques milliers d’étudiants de l’université Ferhat-Abbas (Sétif 1) et celle de Mohamed-Lamine-Debaghine (Sétif 2) se sont pacifiquement rassemblés devant le siège de la wilaya de Sétif pour protester contre le statu quo. En effet, après avoir arpenté les différents campus, ils se sont dirigés à pied sur une distance d’une dizaine de kilomètres vers le siège de la wilaya. Les services de sécurité ont encadré la marche des étudiants venant d’El-Bez et d’El-Hidhab et veillé à leur sécurité. Une fois arrivés devant le siège de wilaya, le grand nombre des étudiants a causé la fermeture de l’avenue de l’ALN.
A Boumerdès, des milliers d’étudiants ont également répondu massivement à l’appel pour la marche lancée à travers les réseaux sociaux. Venus des facultés et des instituts de l’université M’Hamed-Bouguerra, les étudiants se sont donné rendez-vous au niveau de la faculté des sciences avant d’entamer la marche. La gigantesque procession s’est ébranlée de l’université des sciences pour sillonner les principales artères de la ville scandant des slogans hostiles au pouvoir.
A Tizi-Ouzou, ce sont des milliers d’étudiants de l’Université Mouloud-Mammeri (Ummto) qui ont marché dans les artères de la capitale du Djurdjura pour dire « non » à la candidature de Bouteflika, mais aussi pour demander le « départ du système politique ». La marche pacifique s’est ébranlée aux environs de 11 h devant le portail principal de Hasnaoua, où les marcheurs se sont donnés rendez-vous pour parcourir le Centre de la ville de Genêts en passant par les boulevards Lamali-Ahmed et Abane-Ramdane et rejoindre le siège de l’Hôtel de ville où les marcheurs criaient haut et fort leur opinion de dénonciation du système politique. A préciser que les carrés de marcheurs se constituaient au fur et à mesure pour atteindre un nombre important de protestataires, a-t-on constaté sur les lieux. Les marcheurs brandissaient des slogans hostiles aux dirigeants actuels, en présence de certains militants de partis politiques, en l’occurrence le Front de forces sociales (FFS) et le Rassemblement de la culture et du développement (RCD).
A Annaba, comme partout à travers le territoire national, les étudiants ont répondu massivement à l’appel à manifester. Par ailleurs, une soixantaine d’avocats du barreau de Annaba ont tenu, à 14h, un sit-in sur le parvis de la Cour de justice.<