L’EPE Tonic Industries continue de polluer impunément, c’est le constat fait par la direction de l’environnement de Tipasa lors de la récente présentation de son bilan d’activités au cours du conseil de wilaya, élargi aux P/APC, consacré au dossier.
Malgré les nombreuses sommations suite aux visites de ministres et innombrables rappels à l’ordre et mises en demeure, dont le dernier a expiré en juin dernier, le bioréacteur n’est toujours pas installé, selon la directrice par intérim Sonia Izem, qui précise que la salle de décantation des rejets est, de surcroît, saturée et par conséquent inutilisée. L’entreprise a été sommée par les différents ministres de l’Environnement, lors de leurs visites dans la wilaya, d’achever la mise en place de sa Station de traitement et d’épuration des eaux industrielles (Step) comme stipulé dans le nouveau contrat signé avec l’entreprise française Hytec Industrie. En juin 2017, la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, Fatma-Zohra Zerouati, avait affirmé, après une visite du site abritant le projet de la station d’épuration des eaux usées du groupe Tonic, que celui-ci «s’était engagé à traiter, définitivement, en l’espace de deux mois, après l’entrée en service de la deuxième partie du projet, tous ses déchets industriels à l’origine de la pollution du littoral de Bou Ismaïl». Elle a, par ailleurs, précisé que le groupe industriel, qui verse ses déchets industriels dans le littoral de Bou Ismaïl depuis 2005, a été destinataire récemment d’une deuxième mise en demeure par la commission de wilaya chargée du contrôle et du suivi des organismes classés, le sommant de procéder au traitement du problème de pollution qu’il génère. Pour rappel, une suspension d’activité de trois mois lui a été infligée. La ministre a ajouté que «les déchets sont déversés directement en mer depuis 2005, ce qui est inacceptable, aujourd’hui nous ne pouvons pas rattraper certaines situations, mais nous ne tolérons pas la poursuite de ces infractions». Pour calmer et réduire un tant soit peu la pression, le groupe Tonic avait annoncé la réalisation d’une station d’épuration de traitement des eaux usées avant de les déverser dans la mer.
Les nombreuses mises en garde des ministres ont été suivies d’une menace de fermeture durant la saison estivale, comme cela a été le cas en 2017, pour atténuer la pollution sur le littoral qui reçoit depuis des années les rejets chimiques des activités de toute la zone industrielle (unités de carrelage), dont celles de Tonic qui rejette les résidus de papier et autres celluloses qui ont fortement pollué la zone marine.
Les mises en garde se basent sur la situation intolérable constatée en mer, même si de nombreuses mesures ont été prises ces dernières années pour réduire la nocivité des rejets en mer, qui seront recyclés une fois mise en service la nouvelle Step.
La station devait être livrée en mars 2015, et non pas en mai comme prévu par le nouveau contrat et des analyses faites chaque mois pour faire une estimation réelle des dégâts en mer. Les travaux de réalisation d’une station de traitement des eaux industrielles, entamés en 2012, ont été, selon le P-DG de l’entreprise, retardés par l’entreprise Hydrotraitement qui n’a pas livré le matériel, ce qui a mené à la rupture du contrat et la signature d’un nouveau qui prévoit l’achèvement dans un délai court. Le nouveau contrat prévoyait l’installation d’un flottateur avec des rejets aux normes pour une production de 30 000 t/an ainsi qu’un réacteur IC d’ici à la fin de 2017.
Selon son P-DG, Tonic Industries avaient pris des mesures, en 2015, pour réduire un tant soit peu les rejets et répondre aux injonctions du ministère, en mettant en service le traitement physique des rejets, réduisant ainsi la consommation d’eau et les volumes de rejets des papeteries, la canalisation des rejets de l’unité ouate vers la station d’épuration et la remise en état de la station des boues de l’unité à l’arrêt depuis 2007. Ces différentes mesures ont permis, selon le même responsable, de réduire les MES à la sortie de l’unité qui sont passés de 36 000 mg/l à 3 060 mg/l.
Depuis ces engagements c’est le statu quo, pollution et rejets en mer se poursuivent impunément.n