Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, cheville ouvrière de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015, a annoncé dans la nuit de lundi à mardi sa démission, désormais entre les mains du président Hassan Rohani. «Je m’excuse de ne plus être capable de continuer à mon poste et pour tous mes manquements dans l’exercice de mes fonctions», a écrit M. Zarif dans un court message sur Instagram. Le maintien de M. Zarif au sein du gouvernement dépend de M. Rohani, à qui il revient d’accepter ou non cette démission.
Selon l’agence officielle Irna, une «majorité» de députés a écrit au président pour le presser de refuser le départ de son ministre. Dans son message sur Instagram, M. Zarif, cible récurrente des attaques des ultraconservateurs contre la politique de M. Rohani, n’a pas détaillé les raisons de sa décision. Cité par l’agence Isna, Ali Motahari, premier vice-président du Parlement a estimé, sans plus de précisions, que «la principale raison ce dette démission est l’interférence de certains organismes n’ayant rien à faire dans la politique étrangère du gouvernement». Selon Irna, M. Zarif s’est adressé mardi matin au personnel de son administration en disant espérer que sa démission «permettra au ministère des Affaires étrangères de retrouver son statut». Réagissant à une rumeur selon laquelle un grand nombre de diplomates s’apprêteraient à démissionner si son départ était accepté par M. Rohani, M. Zarif a appelé ses collègues à s’»abstenir» d’agir de la sorte, ajoute Irna. Plus tôt, le média en ligne Entekhab, avait rapporté que sa décision de jeter l’éponge était liée à la visite surprise lundi à Téhéran du président syrien Bachar al-Assad. Ce dernier s’est entretenu avec le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et M. Rohani. M. Zarif n’était présent à aucune de ces deux rencontres et Entekhab laisse entendre que M. Zarif n’aurait pas apprécié d’être mis sur la touche. Agé de 59 ans, M. Zarif a dirigé la diplomatie iranienne pendant tout le premier mandat de M. Rohani (2013-2017) et a été reconduit à ce poste après la réélection du président, qui fait figure de modéré en Iran.
«Bon débarras»
M. Zarif a été le négociateur en chef, côté iranien, de l’accord conclu à Vienne en juillet 2015 entre la République islamique et le Groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) pour mettre fin à 12 ans de crise autour de la question nucléaire iranienne. Le chef de la diplomatie iranienne a vu les critiques des ultraconservateurs s’intensifier contre lui après la décision du président américain Donald Trump de retirer unilatéralement son pays de ce pacte en mai 2018. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a simplement «pris note» de la démission de son homologue iranien, jugeant que MM. Zarif et Rohani présentaient le même «visage d’une mafia religieuse corrompue». Résolument opposé à l’Accord de Vienne, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré sur Twitter: «Zarif est parti, bon débarras. Tant que je serai là, l’Iran n’aura pas de bombes nucléaires». Diplomate formé aux Etats-Unis, M. Zarif est à l’étranger le visage de la politique de détente promue par M. Rohani, pourfendue par les ultraconservateurs à Téhéran. Parmi les rares ultraconservateurs à réagir à la démission de M. Zarif, l’ancien député Aliréza Zakani a accusé le ministre de chercher à «fuir» ses responsabilités dans «la mauvaise voie empruntée» par le pays.
«Qui est contre»?
Dans son dernier combat pour défendre la politique du gouvernement face aux ultras, M. Zarid a appelé un organe de contrôle du système politique iranien à ne pas faire dérailler les efforts entrepris par Téhéran pour se conformer aux critères internationaux contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Vendredi, le Groupe d’action financière (Gafi) a décidé d’accorder un ultime délai à l’Iran pour que le pays se conforme d’ici à juin aux critères internationaux en la matière, sous peine de sanctions. Le non-respect des engagements pris par le gouvernement iranien sur ces sujets risque de faire capoter le système de troc imaginé par l’Union européenne pour permettre à Téhéran de continuer à commercer avec l’Europe en contournant les sanctions américaines. S’exprimant mardi sur le sujet devant la banque centrale –sans aborder le cas de M. Zarif–, M. Rohani a assuré que le guide suprême lui avait dit «plusieurs fois qu’[il n’était] pas opposé» aux lois votées sur ces questions par le parlement, actuellement bloquées par des organismes chargés de contrôler les travaux du parlement. «Alors qui est contre» ces lois?, s’est demandé le président. «On ne peut pas laisser [le sort de ce] pays entre les mains de 10 à 20 personnes et se coucher devant chacune de leurs décisions.» n