Coup dur pour l’Intersyndicale de l’Education nationale : la justice a déclaré «illégal» le débrayage observé mardi et hier.

Par Wafia Sifouane
De plus, les membres de l’intersyndicale, qui s’efforcent à convaincre sur leur capacité de mobilisation en avançant un taux de suivi appréciable du mouvement de grève, se trouvent contredits par les chiffres communiqués par la tutelle qui contrastent grandement avec ceux annoncés par les syndicalistes. En effet, au moment où les six syndicats grévistes se félicitent de la réussite de la grève nationale de deux jours, les 26 et 27 février, avec des taux de suivi de 65,31% le premier jour et 69,27% pour la journée d’hier, le tribunal administratif de Bir Mourad Raïs a déclaré l’action de débrayage «Illégale». La justice a confirmé, hier, «l’illégalité de la grève annoncée en vertu du préavis de grève daté du 18 février sous les N°01 et 02/2019 portant appel à une grève nationale les 26 et 27 février 2019».
Tout en déclarant ne pas avoir été informés de la décision de justice, les syndicats protestataires ont été unanimes à dénoncer le jugement du tribunal, le qualifiant d’«entrave à l’exercice du droit syndical». «Nous avons appris la nouvelle par le biais des médias, cela est inadmissible. Nous avons scrupuleusement respecté la procédure en déposant le préavis de grève à temps. Nous considérons que cette décision porte vraiment atteinte, non seulement aux libertés syndicales, mais aussi à l’image de la justice en Algérie qui est discréditée par de telles décisions», a indiqué Messaoud Boudiba, porte-parole du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste). Alors que le ministère de l’Education nationale a annoncé, hier, que le taux de suivi de la grève n’a pas dépassé les 7,58%, avec 10,45% pour les enseignants et seulement 1,46% pour les administratifs, le syndicaliste a déclaré que la grève a été largement suivie. «Les taux de participation enregistrés en deux jours sont plus que satisfaisants d’autant plus que les sit-in régionaux ont rassemblé énormément de travailleurs», a-t-il dit. Pour rappel, l’Intersyndicale de l’Education nationale avait lancé un appel à des sit-in régionaux pour la journée du 27 février face aux directions de l’éducation des wilayas de Batna, Blida, Relizane et Laghouat. «Nous sommes plus qu’habitués à faire face à ce genre de manœuvre de la part de la tutelle. Nous avons suivi la grève de très près et je peux vous confirmer que nos chiffres sont les bons. Si la tutelle avance un taux de participation aussi faible, c’est juste pour casser notre action», a-t-il estimé. De son côté, le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), Meziane Meriane a confirmé «ne pas avoir reçu de notification» de la décision de justice. «Je viens d’apprendre par l’intermédiaire de journalistes que la grève a été déclarée illégale ! Je n’ai pas la décision de justice en main, mais il me tarde de connaître ce qui justifie cette décision, car je pense que nous avons bien veillé au respect de la procédure», a-t-il dit. Tout comme son homologue, le syndicaliste a qualifié l’action de protestation de «parfaite réussite». Notre interlocuteur n’a pas manqué de dénoncer les pressions subies par les grévistes en ces deux journées de grève. «Les administrations se sont montrées très dures avec les grévistes en leur interdisant de quitter les lieux sous peine de ponction sur salaire, mais aussi en refusant de libérer les élèves. Des inspecteurs ont aussi été dépêchés sur place», a-t-il fait savoir. De son côté, le secrétaire général du Conseil des enseignants des lycées d’Algérie (Cela) a déploré le fait d’avoir été informé de la décision de justice via la presse. «Nous n’avons pas été informés de manière officielle ni du dépôt de plainte ni du jugement du tribunal. Ce genre d’agissements nous prouve qu’il y a une sérieuse instrumentalisation de la justice. Les autorités sont en train de privatiser la justice à leur profit au détriment des travailleurs», a dénoncé Idir Achour. Il a, à l’instar des autres syndicalistes, affirmé avoir respecté la procédure lors du dépôt de préavis de grève. Quant au taux de suivi de la grève avancé par la tutelle, notre interlocuteur a usé du ton de l’ironie en déclarant qu’il «y a certainement erreur, ce taux concerne celui des enseignants n’ayant pas répondu à notre appel de la grève». initiée par l’Intersyndicale des syndicats autonomes, composée du Cnapeste, du Snapest, du Cela, de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef), du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) et du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (Snte), la grève nationale des 26 et 27 février survient suite à l’échec d’une série de rencontres bilatérales avec la ministre de l’Education nationale. Les syndicats avaient appelé la tutelle à la révision du statut particulier des travailleurs de l’éducation, l’amélioration du pouvoir d’achat, mais aussi à la révision des conditions de de la retraite.<