Chef d’orchestre à l’origine de l’organisation, à Alger, du célèbre ballet « Le lac des cygnes» monté sur une musique du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski, le maestro Amine Kouider, à la tête de l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger, est revenu pour nous sur l’organisation de cette «première» pour l’Opéra d’Alger. Une affiche rendue possible grâce à une collaboration entre la direction de l’Opéra d’Alger et le ballet de Saint-Petersbourg, qui constitue également pour le Chef d’orchestre algérien la consécration d’un «rêve» de près d’une trentaine d’années.

Reporters : L’Opéra d’Alger accueille l’un des plus célèbres ballets interprétés au monde que vous présenterez en collaboration avec les artistes du ballet de Saint-Petersbourg. Comment se sont déroulées les répétitions ?
Amine Kouider : Dans d’excellentes conditions. Nous avons la chance de travailler aux côtés de très grands professionnels. Ils sont arrivés en Algérie le 22 février dernier et dès le début des répétitions communes, nous avons commencé par mettre en place la construction artistique du spectacle. C’est-à-dire à nous pencher sur la composition musicale, où il faut parfois ajouter ou au contraire retirer des passages en fonction des besoins de la troupe du ballet. Par la suite, nous avons travaillé sur les décors, les éclairages, les jeux de lumière ainsi que l’aspect logistique (…) La dernière étape étant les répétitions avec les membres du ballet sur scène et l’orchestre dans la fosse. Mais au-delà des répétitions ici, à l’Opéra d’Alger, il faut aussi savoir que le travail avait commencé il y a plus d’un mois où nous étions en contact permanent avec le ballet de Saint-Petersbourg.

Qui est à l’initiative de ce spectacle et de ce premier déplacement en Algérie des artistes russes du ballet de Saint-Pétersbourg ?

Il y a ici deux éléments. Personnellement, je reste très sensible au ballet. Comme vous le savez, j’ai séjourné à l’Opéra Kirov de Saint-Pétersbourg, il y a une vingtaine d’années lorsque j’étais étudiant. J’avais découvert le travail d’opéra mais aussi le ballet. J’ai par la suite eu la chance dans ma carrière d’en diriger plusieurs. C’est, je crois, pour cela que je voulais absolument que l’on organise une représentation de ballet à l’Opéra d’Alger et c’est tout naturellement que j’ai proposé ce spectacle à la direction qui a accepté. Après un long travail par l’intermédiaire de mes contacts personnels, mais aussi grâce au directeur de l’Opéra, nous avons cherché un ballet correspondant à nos demandes, mais aussi à sa disponibilité. Et c’est ainsi que le ballet de Saint-Pétersbourg est, aujourd’hui, ici en Algérie.

Il s’agit donc d’une production de l’Opéra d’Alger, mais c’est aussi une «première» sur le plan artistique pour l’ensemble que vous dirigez ?

Oui, c’est la première fois que l’Orchestre national accompagne un ballet, c’est historique. En fait l’orchestre passe à un nouveau stade ; nous complétons tout le répertoire, le symphonique, le patrimoine national ou encore l’opéra. Mais, aujourd’hui, nous proposerons pour la première fois un ballet avec une troupe étrangère. Cela ne pose pas de difficulté particulière, c’est un travail qui enrichit le répertoire, l’expérience de l’orchestre, qui peut aujourd’hui prétendre à une place sur la scène internationale.
Le spectacle est également présenté comme un «test» pour l’Opéra. Un test réussi semble-t-il, si l’on parle de l’affluence du public ?
Oui, et pour répondre à la forte affluence du public, l’Opéra a même programmé une nouvelle soirée ce jeudi. Cela est très positif, c’est une preuve que le public algérien est connaisseur et se tient au fait de l’actualité de de la culture. Et c’est un fait que l’on constate à chacun de nos spectacles où nous avons en moyenne un millier de spectateurs.

Quels sont les projets de l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger ?

Nous travaillons actuellement sur le projet d’une tournée nationale. L’idée est de faire en sorte que l’orchestre reprenne la route et propose des représentations dans les différentes villes d’Algérie. C’est ce que je souhaite et les musiciens aussi.
En fait, l’Orchestre symphonique a déjà fait une tournée dans 47 wilayas, sauf Tindouf. Je tiens à souligner que le ministère de la Culture nous aide et nous encourage énormément. L’orchestre travaille, évolue et engrange de l’expérience.
Il réunit, aujourd’hui, deux générations d’artistes, des « élèves » et des « professeurs ». Je dirais qu’il y a 40% de jeunes et 60% de chevronnés. Et c’est un orchestre auquel s’ajoute l’orchestre des jeunes d’Algérie, dirigé par Salim Dada, ou encore l’Orchestre symphonique d’Oran que nous avons récemment créé (…) Cela augure d’une relève de qualité pour l’avenir. Je pense que nous allons dans la bonne direction.