Les débats autour de la Déclaration de politique générale du gouvernement a pris fin, hier, avec les interventions des présidents de groupes parlementaires. Ces interventions ont, une fois de plus, mis en évidence la dichotomie entre les parlementaires de l’opposition et ceux de l’Alliance présidentielle.

par NADIA BELLIL et Hichem Laloui
C’est ainsi que Tahar Chaoui, président du groupe parlementaire de TAJ, qui a vanté les mérites du bilan présidentiel à tout point de vue, a appelé à combler «certaines insuffisances». «Pourquoi ne pas mettre une ambulance, un stade dans chaque commune ?» a-t-il interrogé dès l’entame de son intervention. Il s’est demandé ce qui empêche le gouvernement de procéder à une révision des fonds pour le sud.
Aussi et tout en préconisant l’ouverture des lignes aériennes internes au privé, Chaoui a appelé à une meilleure communication institutionnelle en créant des postes de responsables de communication au niveau des ministères. En outre, le député du parti de Amar Ghoul n’a pas manqué de saluer le caractère «pacifique des marches» contre la candidature du chef de l’Etat sortant.
Mouhamed Bouabdellah, président du groupe parlementaire du Front de Libération Nationale (FLN), a salué la conférence nationale à laquelle a appelé le président de la République dans sa lettre de candidature.
« Il s’agit d’une conférence historique au cours de laquelle, il n’y aura aucune exclusion», a-t-il précisé. Evoquant les réalisations du Président, Bouabdellah a expliqué que « les chiffres du bilan présidentiel sont une preuve tangible de l’évolution favorable du pays dans tous les domaines ».
Fouad Belmerabet, président du groupe parlementaire du RND, tout en énumérant les défis et enjeux auxquels l’Algérie est confrontée, a cité, quant à lui, au plan interne, «l’importante progression réalisée dans le domaine du développement, notamment humain, les ambitions légitimes des jeunes générations, les exigences intégrales d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste, ainsi que la nécessité de développer davantage une économie diversifiée et compétitive, fournissant à l’Etat les ressources nécessaires pour la pérennité de la politique nationale de justice sociale et de solidarité nationale».
Lamine Osmani, président du groupe parlementaire des indépendants a évoqué les marches contre le 5e mandat en appelant «à la stabilité du pays». Dans le même temps, il a interpellé le gouvernement sur la problématique de la surfacturation et de la faiblesse de la communication institutionnelle. Côté Mouvement de la société pour la paix (MSP), tout en critiquant une campagne électorale prématurée, le député du parti de Makri a déploré «une absence de la diplomatie économique». «Nous avons une diplomatie de réaction », a-t-il estimé.
Le président du groupe parlementaire du Parti des travailleurs (PT) Djelloul Djoudi a critiqué le bilan présidentiel estimant qu’il comporte moult insuffisances. C’est ainsi qu’il a pointé du doigt le fait que la Déclaration présentée par le Premier ministre ne contient pas de chiffres officiels justifiant les réalisations du Président. De même qu’il a regretté que la présentation de cette déclaration intervienne à moins de deux mois de l’élection présidentielle.
Les députés du PT ont évoqué, d’autre part, les problèmes des jeunes ; à savoir l’émigration, un phénomène qui a même touché des cadres notamment, les médecins, en raison de la détérioration des conditions de travail. Pour leur part, les députés de l’Union Nahda-Adala-Bina ont estimé que la déclaration de politique générale était en contradiction avec les déclarations du Premier ministre qui a souligné, à maintes reprises, que l’Etat était incapable de payer les salaires.
Ils ont également critiqué l’utilisation de la déclaration comme campagne de soutien au président Bouteflika, ajoutant que la consécration de «tout un chapitre aux vertus de la continuité » en est la preuve. Par ailleurs, le groupe parlementaire du MPA de Amara Benyounès a brillé, hier, par son absence au même titre que celui du FFS. Aujourd’hui, c’est au tour du Premier ministre de répondre aux interrogations et critiques des députés.
L’opposition dénonce « une campagne électorale prématurée »
Comme on le constate, les débats sur la déclaration générale du gouvernement ont été particulièrement houleux. Qualifiée de bilan de campagne au profit du président-candidat, des députés de l’opposition ont dénoncé « la censure » dont ils seraient victimes de la part de la majorité et du président de l’APN.
C’est le cas notamment des élus du PT et du RCD qui se sont attaqués au bilan présenté par Ahmed Ouyahia. Nadia Yefsah, députée du Parti des travailleurs, a estimé que la majorité « n’a aucun droit d’orienter le débat». «Ils ont osé présenter un bilan du système, mais ils ont omis, volontairement de souligner que les ratages sont particulièrement visibles et grands», a-t-elle souligné, considérant que ce que le gouvernement se donne comme liberté, l’interdit en même temps à l’opposition. « Ils ont présenté un bilan en guise de campagne pour la continuité, mais ils refusent que cette même campagne soit critiquée».
Mme Yefsah a ajouté, par ailleurs, que les manifestations populaires sont «un cri d’alerte». Maître Fetta Sadat, députée du RCD, a estimé que la réaction du président de l’APN et des autres députés de la majorité est la preuve qu’une «institution constitutionnelle est détournée de sa vocation première » qui est « l’écoute des aspirations du peuple ». L’avocate a dénoncé, également, « l’utilisation de l’Assemblée pour la campagne du président candidat», soulignant que « les chiffres fantaisistes présentés dans la Déclaration de politique générale remontent jusqu’en 1999, soit l’année du retour aux affaires de Bouteflika ». Elle considère que le timing choisi «n’est pas fortuit », estimant qu’une «Assemblée qui n’écoute pas le peuple est non représentative ».
Concernant le président de l’Assemblée, Mouad Bouchareb, Me Sadat a estimé qu’il n’a pas su gérer les débats. « En annonçant que Bouteflika est une « ligne rouge », le président de l’APN a donné une autre preuve que ce régime tire sa force de la répression », a-t-elle encore dit, considérant que le député «devrait être libre», car «il est la voix du peuple qu’il l’a élu». Pour la députée, la ligne rouge «est le respect du peuple et d’être à l’écoute de ses aspirations». Il faut noter que le FFS a décidé de boycotter les débats sur la déclaration de politique générale du gouvernement.
Lors des débats d’hier, le député de Béjaïa, Khaled Tazaghart, a estimé dans son intervention que la situation actuelle du pays «nous dicte d’être très vigilant ». Il a souligné que « la mise sur pied d’une Assemblée constituante qui gérera une courte période de transition, avec un report de l’élection présidentielle serait une des solutions les plus plausibles à la crise ». Le député de Béjaïa a aussi saisi le Premier ministre concernant l’affaire Merzouk Touati et les militants du MAK privés de passeport.