Evénement historique pour l’Opéra d’Alger, son public, son orchestre symphonique et plus généralement pour le paysage culturel algérien, l’Opéra Boualem-Bessaïh a accueilli, dans la soirée de mardi dernier, la première représentation du célèbre ballet «Le Lac des cygnes» de Tchaïkovski.

Une affiche rendue possible grâce à la mise en œuvre d’un «rêve» du maestro Amine Kouider et l’implication du directeur de l’Opéra d’Alger Noureddine Saoudi pour ce projet de collaboration entre le ballet de Saint-Petersbourg et l’Orchestre symphonique de l’Opéra.
Cette première représentation d’un spectacle de près de 2 heures 30 a réussi à captiver et enthousiasmer le nombreux public, gratifiant les artistes de chaleureux applaudissements durant de longues minutes en lançant des «spasiba» (merci en russe) aux artistes russes, visiblement très émus.
La soirée a débuté par un prélude, talentueusement interprété par la soixantaine de musiciens occupant la fosse de l’Opéra d’Alger. Donnant, ainsi, un avant-goût aux mélomanes présents sur l’histoire du prince « Siegfried » brillamment interprété par Aleksandr Voitin qui, grâce à la puissance de son amour, réussira à conjurer le mauvais sort qui frappe «Odette», la jeune fille dont il tombe éperdument amoureux, incarnée avec grâce et intensité par Anna Voitina.
Huit danseurs et une vingtaine de ballerines, en collants, tutus blancs mais aussi en robes de princesse et tenues en velours, ont emporté les spectateurs dans le monde fantastique de cette légende allemande à travers les différents tableaux des quatre actes du spectacle.
Les corps élancés des danseurs se sont exprimés sur la scène de l’Opéra d’Alger dans des mouvements fluides et élégants. Offrant aux regards émerveillés des présents plusieurs figures maîtrisées de la danse du ballet, à l’instar des pas de deux ou de quatre, la variété des fouettés, sur pointe, sur demi-pointe, des tournants et des portées époustouflants.
Un décor somptueux spécialement venu de Russie a rehaussé la scénographie de la représentation suggérant avec pertinence les repères spatiaux de la légende, évoquant tour à tour une forêt, une salle de bal. Le «Lac» des cygnes étant quant à lui symbolisé par des projections vidéos et des jeux de lumière.
La représentation s’est déroulée en présence de l’ambassadeur de la Fédération de Russie en Algérie, Igor Beliaev, et du directeur de l’Opéra d’Alger, Noureddine Saoudi, ainsi que de nombreux membres de la communauté russe en Algérie et une grande majorité de spectateurs algériens. Le ballet «Le Lac des cygnes» était programmé au départ pour deux représentations, les 26 et 27 février, avant que la très forte affluence du public n’encourage les organisateurs à ajouter une troisième ce jeudi soir.
Il est à noter que la présence du spectacle du « Lac des Cygnes» en Algérie a réussi à être concrétisée suite à une proposition du maestro Amine Kiouider à la direction de l’Opéra. Un «rêve» que le chef d’orchestre a désiré réaliser en Algérie depuis ses années d’étude en Russie, où il côtoiera pour la premières fois les artistes de Saint-Petersbourg (voir l’entretien).
Interrogé sur l’organisation d’une telle manifestation, le directeur de l’Opéra, Noureddine Saoudi, nous précisera qu’il s’était personnellement déplacé en Russie afin de nouer des contacts avec les troupes du ballet russe en nous confiant : «J’étais partie comme j’aime bien le dire au marché (…) Et finalement le projet s’est concrétisé avec le ballet de Saint-Petersbourg». Il ajoute, en ce sens, que la représentation était une production de l’Opéra d’Alger, rendue possible, entre autres, grâce aux financements de sponsors privés et publics. Pour la réussite de cette représentation première du genre, il a fallu plusieurs jours de répétition entre les 35 membres de la troupe russe (ballerines, danseurs et équipe technique) et 65 musiciens de l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger. Ludmila Bragina, directrice académique de la troupe russe «fondée en 1990 sur la base du théâtre de Mariinsky», souligne à ce propos que la collaboration avec l’Orchestre symphonique de l’opéra avait était facilitée par «la grande qualité de l’ensemble symphonique». Ajoutant que le ballet de Saint-Pétersbourg étant par ailleurs habitué aux collaborations avec des artistes étrangers en proposant, explique-t-elle, près de «250 représentations par an».
Le spectacle et l’engouement populaire qu’il a suscité, en dépit de son caractère élitiste, ont constitué un véritable événement, d’autant plus qu’il intervient dans un contexte socio-politique tendu. Il est à rappeler qu’une dernière représentation est prévue ce soir à partir de 19H30 . n