Cinquante-sept ans plus tard, la maison de la culture Moufdi-Zakaria, située à quelques mètres seulement du lieu des affrontements, survenus lors des soulèvements du mardi 27 février 1962, a abrité hier et en présence du ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, la cérémonie de commémoration du 57e anniversaire de cette manifestation.

Les habitants réclament la promulgation de cette date comme journée de l’unité nationale. Loin des cérémonies protocolaires et ordinaires, et en quête de valorisation de cette date emblématique du Sud, célébrant le soulèvement populaire des habitants de la région de Ouargla le 27 février 1962 contre le projet colonial de la division du pays, un rassemblement populaire est prévu pour réclamer la promulgation de cette date comme Journée de l’union nationale. Le Sud algérien a connu, durant les deux dernières années de la Révolution, des événements importants qui ont contribué directement à accélérer la signature des accords d’Evian et la mise en place d’un cessez-le-feu immédiat marquant ainsi le début du processus de sortie de guerre. Les manifestations du Ramadhan, le 27 février 1962, sont sans équivoque, les plus importantes. Voulant convaincre l’opinion internationale que le Sahara Algérie « non peuplé » est une propriété française, le projet colonial est vite tombé à l’eau. Quelques jours avant l’ouverture de la phase finale des négociations d’Evian, l’Armée de libération nationale (ALN) et bras droit du FLN a organisé, à Ouargla, une manifestation populaire grandiose dans le but d’apporter une démonstration aux négociateurs d’Evian de la volonté du peuple de rejeter « les visées de la France coloniale » de séparer le Sahara du reste de l’Algérie. Durant cette journée du mardi 27 février 1962, et sous un ciel couvert et doux, les manifestations, qui devaient avoir lieu à 6H du matin, ont été reportées à 13H du même jour, l’heure d’arrivée prévue de la délégation française. Le rassemblement qui devait avoir lieu dans le vieux marché « souk El-had » (marché de dimanche) en plein cœur du k’sar (la Casbah) a été momentanément retardé suite aux instructions des organisateurs FLNistes des 14 communes concernées et n’a eu lieu qu’à l’après-midi. Les soulèvements n’ont été donc déclenchés que lorsque l’avion transportant la délégation a atterri a Ouargla, nous raconte un moudjahid. Les manifestants ont donc entamé leur marche avec des slogans hostiles à la colonisation et à la division de l’Algérie. « Le Sahara est algérien », « Non à la sécession de l’Algérie », scandaient-ils, tout en entonnant des chants patriotiques. Les troupes de l’armée française, qui ont pris conscience de l’ampleur du mouvement, recoururent d’abord aux gaz lacrymogènes avant d’utiliser les armes automatiques contre le flux impétueux de manifestants. Les affrontements qui se sont déroulés jusqu’au 28 février ont fait 5 morts, d’autres disent 8 et d’autres encore 13, dont le célèbre Chotti El Ouakal, et des dizaines de blessés. Ces manifestations historiques sont l’expression claire du rejet de la population de Ouargla et de la région entière des desseins de la France coloniale, visant à séparer le pays en deux en gardant la main sur le Grand Sahara de manière à conserver un contrôle direct sur les ressources en hydrocarbures mais, encore, pour la poursuite des essais nucléaires qui se déroulaient sur les bases de Reggane et d’In Ekker, à l’époque, centres d’essais nucléaires aériens et souterrains et de lancement de fusées de l’armée française. En réponse aux manœuvres de De Gaulle, pour la promotion de son projet de séparation du Sahara du reste de l’Algérie, l’envoi d’une délégation comprenant des responsables français à Ouargla et la tenue d’une réunion urgente avec les collaborateurs, présidée par Hamza Boubakeur, dans le but de prendre le pouls de la situation et stimuler la population à accepter l’idée de la constitution d’une république sahraouie indépendante. C’est ainsi que le Commandement de la Révolution algérienne de la 4e Région du sixième territoire (le FLN a attribué au Sahara le chiffre VI) a décidé d’agir afin de faire face aux plans coloniaux visant à séparer le Sahara du nord de l’Algérie. Cette contre-attaque s’est vite concrétisée par des soulèvements populaires le 27 février 1962 à Ouargla, constituant une réponse claire à l’intransigeance du gouvernement français et à son attachement au principe de la division de l’Algérie en deux parties, un Nord indépendant, et un Grand-Sud maintenu sous son contrôle pour son importance stratégique et économique. Les gens du Sud, conscients des velléités du colonisateur, ont conduit ces soulèvements massifs qui ont mis en échec le plan ourdi contre l’intégrité territoriale algérienne et l’unité du peuple. Une contre-propagande offensive et efficace mettant à nu les véritables intentions concernant le Sahara algérien. La présence d’une quarantaine de journalistes étrangers parmi la délégation française, qui s’est rendue ce jour-là à Ouargla pour la couverture de la rencontre qui devait se tenir entre des responsables français et leurs collaborateurs dans la région, a très bien servi la cause nationale en consacrant une large couverture aux soulèvements populaires d’Ouargla notamment dans les medias tunisiens et irakiens. n