L’Opep ne lâche rien. L’Arabie Saoudite ne se repend point. Face aux pressions de Donald Trump, qui semble être à nouveau excédé par la hausse des cours du brut, le ministre saoudien de l’Energie a déclaré, hier, qu’il penchait plutôt en faveur d’une prolongation des réductions de production au second semestre 2019. Une manière à lui de répliquer aux pressantes demandes du président américain Donald Trump pour maintenir des prix bas. A une telle réponse, personne ne s’y attendait vraiment. Les marchés, qui ont chuté fortement en réaction au dernier tweet du président américain, qui avait demandé à l’Opep et à ses alliés de « se calmer » dans leur stratégie de réduction de l’offre, tablaient sur une réaction plutôt diplomatique de la part des Saoudiens, grands alliés des Etats-Unis dans la région. Mais le discours, hier, du ministre saoudien de l’Energie s’apparentait à une volonté d’ignorer complètement l’ultime appel de Donald Trump. En janvier, les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et d’autres grands producteurs de pétrole ont commencé à mettre en œuvre un nouvel accord de six mois visant à réduire la production de 1,2 million de barils par jour afin de soutenir les prix. Cette mise en application des décisions issues de la réunion Opep-non-Opep du 7 décembre dernier, à Vienne, a permis au cours du brut de remonter la pente et de gagner environ 20% de leur valeur. Ils avaient chuté de près de 40% depuis début octobre 2018. « Nous restons flexibles. Je penche pour la probabilité d’une extension (des réductions de production) au second semestre » de cette année, a déclaré Khalid al-Falih, ministre de l’Energie de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, à la chaîne de télévision CNBC. Ses commentaires sont intervenus deux jours seulement après que M. Trump a critiqué l’Opep pour la hausse des prix du brut. « Les prix du pétrole montent trop. L’Opep, s’il vous plaît (…) gardez votre calme. Le monde ne peut pas encaisser une hausse des prix », a lancé le président américain. A ce tweet, M. Falih a répondu  : «Nous gardons notre calme. Les 25 pays (associés à l’accord de réduction de production) adoptent une approche très lente et mesurée (…). Nous sommes intéressés, avant toute chose, à la stabilité du marché.» «Il m’est difficile de prédire où nous en serons en juin lorsque l’accord intérimaire actuel arrivera à expiration », a encore déclaré le ministre saoudien, dont le pays est le chef de file de l’Opep. «Toutes les perspectives que j’ai vues nous obligeront à modérer la production au second semestre de cette année, mais on ne sait jamais», a-t-il dit. Ce niet des Saoudiens, qui est aussi celui de l’Opep et de ses alliés, répond à des considérations liées essentiellement à l’équilibre du marché, tente ainsi d’expliquer le ministre saoudien. Autrement dit, la stabilité des cours est tributaire d’un retour à l’équilibre du marché qui, à son tour, est conditionné par l’absorption des excédents de la production et d’une bonne dynamique de la croissance de l’économie mondiale. Pour mieux étayer ses propos, le ministre saoudien de l’Energie, qui s’exprimait hier lors d’un symposium organisé par l’International Energy Forum de Ryad, a dit qu’un manque d’investissements adéquats dans le pétrole et le gaz pourrait aboutir à une situation où les fournitures ne répondraient pas à la demande. «Les partenaires Opep et non-Opep, menés par la Russie, continuent de jouer leur rôle pour aider à équilibrer le marché », a dit le ministre. «Mais, pour garder ce rôle, il faut des investissements en temps opportun, une fourniture fiable et une capacité de réserve appropriée », souligne-t-il sur sa lancée. Les déclarations du ministre saoudien ont permis au marché de limiter la casse qui a suivi le tweet de Donald Trump. Le recul des stocks américains a renforcé les gains du marché, quand bien même la production a bondi à un nouveau record la semaine écoulée. L’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) a indiqué, hier, que les réserves commerciales de brut aux Etats-Unis ont baissé de 8,6 millions de barils pour s’établir à 445,9 millions durant la semaine achevée le 22 février. La production américaine de pétrole brut a pourtant grimpé à un niveau jamais atteint auparavant, 12,1 millions de barils par jour (mbj). Les importations de brut ont nettement baissé, tombant à leur plus bas niveau depuis 1996 à 5,92 mbj, alors que les exportations américaines, qui avaient atteint la semaine précédente un niveau record depuis que ces statistiques sont compilées (1991), ont quant à elles légèrement reculé à 3,36 mbj.