Le rôle de l’écrivain, linguiste et anthropologue, Mouloud Mammeri, dans la préservation du patrimoine culturel et de la langue amazighe a été souligné, mardi à Tizi Ouzou, par les participants, lors d’une table ronde à la Maison de la culture sur la «pensée et les actions» de ce savant algérien, à l’occasion du 30e anniversaire de sa disparition le 26 février 1989.
Mohand Boukhtouche, militant associatif, s’est intéressé à la contribution des œuvres et de l’engagement de l’enfant de Taourirt Mimoun (Ath Yenni) dans le recouvrement de l’identité amazighe commune aux pays de l’Afrique du Nord, rapporte l’APS. «Il y a eu des femmes et des hommes qui ont mené ce combat avant
lui, mais Mammeri a su et pu lui donner une dimension universitaire, universelle, mais aussi une dimension profondément populaire qui a fait que ce combat est devenu,
depuis 1980, un combat populaire dont nous cueillons aujourd’hui les premiers fruits», a-t-il souligné, rappelant qu’aujourd’hui, tamazight est reconnue, langue nationale et officielle dans la Constitution algérienne.
Pour sa part, le directeur du Centre du patrimoine culturel africain, Slimane Hachi, a observé qu’à travers son œuvre et ses travaux consacrés à la langue, la culture et la littérature, que ce soit sa propre production romanesque ou ses recueils et analyses de la poésie kabyle ancienne ainsi que son travail anthropologique, notamment sur l’«Ahellil du Gourara» et sur les Touareg, il a fait partie des savants pionniers qui ont eu une vision de la protection et de la sauvegarde du patrimoine.
«Aujourd’hui, ce travail de sauvegarde est l’idée à laquelle se range l’humanité entière, notamment par les travaux et conventions de l’Unesco», a-t-il ajouté.
L’universitaire Allaoua Rabhi a, quant à lui, rappelé la personnalité multiple de Mouloud Mammeri en tant qu’homme de sciences, sage, savant, militant d’une culture et d’une langue millénaires et en tant qu’homme simplement. Il a mis en exergue son militantisme en faveur de la préservation de l’identité amazighe, sa compétence en linguistique et littérature et en anthropologie.
«Réconcilier les Algériens avec leurs racines et leur histoire»
Dans son allocution d’ouverture de cette rencontre-hommage, organisé dans le cadre des activités du 30e anniversaire de la mort de Mouloud Mammeri, la directrice locale de la culture, Nabila Goumeziane, a rappelé la contribution de l’écrivain à la «préservation et au développement de la langue amazighe à travers ses recherches et ses travaux sur la grammaire, les méthodes d’enseignement de la langue et le dictionnaire dans lequel il a regroupé le vocabulaire des différents dialectes berbères».
Il a également effectué plusieurs recherches anthropologiques sur les richesses culturelles, linguistiques et patrimoniales de la communauté amazighe en Afrique du Nord et a recueilli les «Isefra» de Si Moh Ou M’hand et Cheikh Mohand Oulhoucine, ainsi que les contes berbères anciens, a-t-elle ajouté.
Elle a encore souligné que Mammeri, écrivain et romancier, a laissé des «œuvres immortelles» dont «la Colline oubliée», «le Sommeil du juste», «l’Opium et le Bâton», «la Traversée», ainsi que plusieurs nouvelles et pièces.
L’apport des œuvres romanesques de Mouloud Mammeri à l’amazighité et leur imprégnation amazighe sont considérables.
Et son grand mérite est le fait que tout son travail et toutes ses actions avaient pour noble objectif de réconcilier les Algériens avec leurs racines et leur histoire, a-t-elle tenu à souligner.
Une exposition permanente sur Mammeri et ses œuvres, un cinéclub, un cours pédagogique et des conférences-débats sont au programme de cette commémoration qui sera clôturée, aujourd’hui, par un recueillement sur sa tombe, à Taourirt Mimoun, dans la commune d’Ath Yenni.n