Les manifestations de rue qui se suivent en Algérie depuis vendredi se caractérisent, pour l’heure, par leur aspect pacifique. Les manifestants semblent particulièrement tenir à cet aspect des choses. Les services d’ordre semblent gérer avec intelligence ces manifestations qui s’installent dans une conjoncture pré-électorale particulière. S’il y a un aspect sur lequel subsiste une véritable unanimité entre les Algériens de tout bord, c’est bien la nécessité de garder le calme et maintenir l’ordre public. Et pour cause, les Algériens tiennent viscéralement à une paix civile chèrement acquise. Certaines personnalités mettent en garde contre le risque de glissement vers une instabilité qui pourrait résulter d’un durcissement des manifestations de rue. Lors de la présentation de la déclaration de politique générale du gouvernement devant les élus de l’APN, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, avait reconnu le «nombre considérable» de citoyens sortis manifester dans la rue, tout en demandant à faire particulièrement attention à la manipulation.
Il a appelé «tout le monde à la vigilance». Le caractère anonyme de certains appels à manifester en cours sur internet suscite toujours des interrogations. Les réseaux sociaux avaient joué un rôle non négligeable dans les fameux printemps arabes, avec les résultats que l’on sait.
Le Premier ministre mettra à cet effet en garde contre les «dépassements dangereux» qui peuvent intervenir à tout moment, saluant les forces de sécurité qui ont eu une réaction positive en gérant avec une habileté remarquée une situation de tension pouvant dégénérer. Pour Ouyahia «chacun a le droit de soutenir» ou de «s’opposer» à un candidat, «mais ce sont les urnes qui vont trancher». Après tout ce qu’il a vécu, le pays est «en mesure de choisir» dans la paix et la sérénité, dira le Premier ministre. La référence aux tristes années du terrorisme est claire. Certains mouvements et partis politiques tiennent également à mettre en garde contre les périls qui résulteraient de la tension actuelle si la sagesse ne l’emporte pas.
«Les autorités du pays ne sauraient ignorer et entraver un tel désir profond de l’immense majorité de la société au changement exprimé massivement par la jeunesse et les larges masses, sans prendre le risque de provoquer l’irrémédiable», a mis en garde le Parti des travailleurs.
Inquiétudes
Le directeur de campagne du candidat Abdelaziz Bouteflika Abdelmalek Sellal dira, quant à lui, que «personne ne peut décider d’annuler ce qui figure dans la Constitution». Il est du droit du Président Bouteflika «de se porter candidat, c’est son droit. Il se porte candidat, c’est aux urnes et au peuple algérien de trancher», insistera l’ex-Premier ministre, soulignant qu’il est du «droit de tout un chacun de s’exprimer, mais ne doit pas priver l’autre de bénéficier de ses droits constitutionnels en répondant à l’appel de la majorité du peuple algérien». Selon Sellal, la démocratie ne rime pas avec fitna. Les marches dans les villes algériennes depuis vendredi 22 février et d’autres qui sont annoncées suscitent une certaine appréhension. Ce qui a poussé le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major à intervenir. Gaïd Salah soulignera que l’Armée, «conformément à ses missions constitutionnelles, considère que celui qui appelle à la violence par n’importe quel moyen et sous quelque prétexte que ce soit, à l’ombre de la conjoncture, est un homme qui ignore le désir du peuple de vivre dans la stabilité et la sécurité». «Est-il raisonnable que des Algériens soient poussés vers l’inconnu à travers des appels anonymes douteux, en apparence prétendument en faveur de la démocratie, mais dont l’idée sous-jacente est de pousser les égarés à des issues incertaines et dangereuses ?», s’interrogera-t-il. «Ce sont des issues qui ne servent pas l’Algérie, ses intérêts et son développement», estimera encore Gaïd Salah pour qui l’ordre public est une ligne rouge.<