Au sein de la Fédération nationale des boulangers, on ne cesse de répéter que la profession est au plus mal. « Si l’on continue à travailler malgré toutes les difficultés que nous rencontrons, notamment la très faible marge bénéficiaire qui nous pénalise lourdement, c’est par amour du métier », lâchent des membres chaque fois que l’occasion leur est donnée pour se prononcer sur leur situation qu’ils qualifient à l’unanimité de « critique et n’augure pas de jours meilleurs, si des mesures ne sont pas prises en notre faveur ».
Certains nous l’ont fermement indiqué lors d’une rencontre avec eux au niveau des stands où étaient exposés les fours à pain dernier cri et autres équipements au Salon professionnel de la production agroalimentaire (Djazagro) qui s’est tenu au Palais des expositions des Pins-Maritimes (Safex/Alger) du 25 au février 2019. « Nous continuons à espérer que les pouvoirs public vont enfin prendre en compte nos doléances et agir en conséquence.
Preuve en est. Nous sommes ici sur ce stand pour découvrir les dernières nouveautés dans notre corps de métier ». En effet, ils étaient nombreux et parfois venus de très loin pour constater de visu les avancées dans leur métier.
Tous aussi curieux et très attentifs aux démonstrations prodiguées par des animateurs de stands se montrant très disponibles à donner plus d’explications aux visiteurs qui voulaient en savoir un peu plus.
C’est le cas de ce patron boulanger de Constantine qui n’a pas hésité à nous dire : « Dans ma famille, nous sommes boulangers de père en fils et je tiens à m’adapter aux nouvelles techniques de panification dans le but de satisfaire notre clientèle, à savoir leur proposer un pain d’excellente qualité ». Un autre, venu d’Oran, a vingt-cinq ans de métier, il était très impatient de nous faire remarquer « à quoi peut nous servir ce matériel haut de gamme quand nous nous retrouvons à travailler avec de la farine de piètre qualité ». Une remarque vite reprise par cet artisan boulanger de Blida.
« Pour faire du bon pain, il faut avoir, de la farine de qualité mais celle-ci bien que disponible reste chère et du coup aucun de nous ne pourrait se permettre de l’utiliser tant que le prix de la baguette reste fixé par les pouvoirs publics. Et de ce fait travailler avec de la farine de qualité supérieure est devenu inconcevable dans notre profession. C’est d’ailleurs une triste vérité, mais toujours est-il que nous arrivons quand même à offrir un pain qu’apprécie notre clientèle. C’est pour dire en toute modestie que nous réalisons des prouesses », soutient ce boulanger de Blida.
D’autres se disent prêts à acquérir du matériel neuf « pour peu que les prix à la consommation soient revus à la hausse », soutiennent-ils.
Cela dit et pour en savoir peu plus sur la situation sur l’activité de la Fédération des boulangers, Reporters s’est rendu à son stand puisqu’elle participe comme d’habitude au Salon Djazagro, mais à notre étonnement, le stand était toujours vide à chacun de nos passages. Faut-il supposer que la Fédération n’a pas cru utile de déléguer un de ses membres pour être présent en permanence sur le stand ? On pourrait l’envisager si l’on tient compte que cette fédération n’a cessé ces dernières années de monter au créneau pour attirer l’attention des pouvoirs publics ou du moins la tutelle, à savoir le ministère du Commerce, sans obtenir de résultat palpable sinon d’être reçue par la tutelle sans aucune prise de décision. « Ce ne sont que des promesses », avait lancé à l’époque le président de la fédération Youcef Khalafat à l’issue d’une réunion.
A noter que les préoccupations des boulangers portent essentiellement sur la baisse de la marge bénéficiaire suite à l’augmentation, depuis janvier 2018, des prix des ingrédients entrant dans la confection du pain. Faut-il rappeler qu’en dépit de la subvention de la farine en tant que matière essentielle dans la confection du pain, les boulangers estiment que c’est encore trop pour pouvoir se maintenir en activité. Khalafat a dans ce sens, et à chacune de ses dernières sorties médiatiques, estimé qu’une « augmentation permettra d’éviter la fermeture de plusieurs boulangeries en raison de l’impossibilité de poursuivre l’activité étant donné que le prix actuel de la baguette ne reflète pas son coût réel». Tout dernièrement ce même responsable a déploré que «les autorités concernées n’aient pris aucune mesure pour répondre aux revendications de la fédération », allant même menacer d’entrer en grève si l’état des choses persiste ainsi ». Lançant enfin que la balle est dans son camp, le ministère du Commerce n’en est pas moins averti.<