La librairie L’Arbre  à dires de Sidi-Yahia  a abrité, jeudi dernier, une rencontre avec Jérôme Ferrari et Ryad Girod, qui ont dialogué autour de questions liées à l’écriture et à la place de l’écrivain dans le monde à travers l’engagement ainsi que du rôle de la littérature, et ce, à la lumière de leurs parcours et de leurs œuvres.

Jérôme Ferrari, auteur entre autres du roman «Où j’ai laissé mon âme» dont la traduction en arabe vient de paraître aux éditions Barzakh, et Ryad Girod, auteur chez ce même éditeur de «Les Yeux de Mansour», Prix Assia-Djebar du Roman 2018, à paraître ce 7 mars en France chez P.O.L, ont, le temps d’un dialogue, abordé leurs œuvres respectives, la manière dont ils articulaient des questions liées à la «métaphysique, le mal et la noirceur», leur positionnement dans l’écriture, ainsi que l’engagement, problématique éternelle, toujours interrogée, perçue et définie de différentes manières et points de vues. La rencontre de jeudi dernier a surtout concerné la place de l’écrivain dans le monde et le rôle de la fiction littéraire. Sur le positionnement de l’écrivain dans le monde et sa façon d’introduire dans ses œuvres, les questions de guerre, de mal ou de métaphysique, Ryad Girod a estimé que dans son précédent roman «La fin qui nous attend», il arborait une «réflexion autour de la bonté». Il a également souligné que lui-même et Jérôme Ferrari, bien qu’ils aient des formes et des styles différents, ont pour «thématique commune, la possibilité de compréhension du monde actuel qui va très vite et où nous sommes bombardés d’information». «Avec Jérôme, nous avons ce souci de nous engager dans ce monde, apporter quelque chose et je pense qu’écrire est un acte politique : on apporte une vision, une analyse, des interrogations et c’est un engagement politique», a-t-il expliqué. Questionné par le modérateur de la rencontre, l’éditeur Sofiane Hadjadj, sur la manière dont l’écrivain interagit avec le monde, Ryad Girod a indiqué qu’il avait «besoin d’un temps assez long pour essayer de saisir l’esprit ou l’âme qui le traverse, sans jamais m’extraire d’un engagement politique». Pour Jérôme Ferrari, il y a «plein de manière de faire de la littérature et il n’y a pas de meilleure manière pour le faire. Penser qu’un texte a une dimension politique, ce n’est pas nécessairement parce qu’il prend position avec des éléments d’actualité». Selon le lauréat en 2012 du Prix Goncourt pour «Le Sermon de la chute de Rome» (qui a notamment tenu une chronique hebdomadaire dans le quotidien «La Croix» parce qu’«à un moment, le débat public en France était devenu intolérable»), «ne pas accepter tous les termes dont le débat est posé, montrer la complexité des choses, montrer les rouages à l’œuvre, c’est refuser de reprendre le débat dans les termes qui sont inacceptables». Et d’estimer : «Le roman a à faire avec la complexité». Tout en concédant qu’il y a «des époques qui sont plus favorables à l’engagement», Jérôme Ferrari a soutenu ne jamais avoir «trop aimé les manifestes en littérature» d’autant que «si j’ai envie de m’engager pour quelque chose, je le dis, pourquoi faire un roman ?». Il a, en outre, soutenu qu’il y avait «des façons très nombreuses voire illimitées de faire du roman». Toujours sur cette question de l’engagement dans l’écriture, Ryad Girod a estimé que parfois «on ne résiste pas de traiter de façon politique, un événement, mais cela ne sera pas tout le roman». Tout au long de ce dialogue, les deux auteurs ont rappelé que la littérature ou du moins leur littérature avait un lien très puissant avec le souci de «compréhension du monde», dans sa dimension complexe.n