Les marches de protestation, hier à Alger et dans d’autres villes, ont vu l’engagement d’acteurs de la société civile et leur soutien aux manifestants. Ainsi, le think tank Nabni «salue la dynamique citoyenne» en cours. Il encourage la société civile, les partis politiques et les différentes institutions à se mobiliser, de manière pacifique, pour «accompagner ce sursaut populaire salvateur». Selon le collectif, qui a rendu public un communiqué, «la volonté populaire s’est exprimée sur tout le territoire national.
Des Algériennes et des Algériens ont bravé les interdictions pour clamer, de manière pacifique et exemplaire, le rejet d’un 5e mandat et, au-delà, d’un système politique qui a évincé le peuple de la prise de décision ».
«C’est un moment historique, probablement le plus important de l’Algérie indépendante», estime Nabni. A propos de moment historique, il l’est aussi pour ce cercle de réflexion, dont les interventions dans le débat public depuis sa création sont connues pour leur haut niveau d’expertise et les recommandations en ce qui concerne les grandes questions relatives au développement socio-économique du pays. Désormais, le collectif se décentre de son lieu d’expression habituel pour exprimer une opinion hautement politique. Ce qui se passe dans la rue, selon le collectif Nabni, est une «nouvelle conscience nationale» qui est en train de s’installer et d’émerger.
« Cette renaissance s’inscrit, sans nul doute, comme une date charnière de l’histoire, pour une raison unique : le peuple s’est exprimé d’une seule voix. A travers leurs revendications, les Algériens démontrent une grande maturité politique et une compréhension intime des obstacles au développement de leur pays.» L’enjeu historique est de «se prémunir à jamais de toutes les formes d’abus et d’arbitraire à l’origine de cette situation et de se protéger d’une nouvelle confiscation de la souveraineté populaire arrachée, encore une fois, par la rue».
«Les libertés individuelles et collectives et les nécessaires garde-fous démocratiques doivent être actés urgemment», poursuit Nabni. Le défi majeur à ses yeux est d’« œuvrer ensemble, au-delà de nos positions et de nos divergences, à construire ce nouveau pacte politique garantissant les libertés des citoyens et préservant l’Etat des dérives autoritaires et de la corruption». Il appelle à «faire converger des efforts » pour réaliser une transition «réfléchie» vers un système démocratique, «seule voie pour doter l’Algérie d’un Etat de droit et de solides institutions, dans un monde en pleine mutation et soumis à des défis majeurs ». De leur côté, les membres de l’Intersyndicale de l’Education nationale, après une réunion avant-hier jeudi, ont appelé à maintenir le caractère pacifique des manifestations.
Ils ont demandé le « respect de la volonté du peuple de protester », ainsi que d’éviter d’empêcher ou de faire avorter toute protestation pacifique. L’Intersyndicale a demandé également à protéger les manifestants. Ses membres ont fait savoir qu’ils gardent la session de leur réunion ouverte afin de suivre tout changement.<