Dans son plaidoyer de politique générale de son gouvernement, avant-hier jeudi, Ahmed Ouyahia a appelé «à faire preuve de vigilance» devant les appels anonymes, qui ont précédé les marches d’hier. Il a également lancé des mises en garde «contre les manœuvres» d’instrumentalisation de cette mobilisation à des fins pouvant déstabiliser le pays et «le faire sombrer dans le chaos».

« Notre intention n’est guère de faire peur au peuple quand bien même il pourrait être en désaccord avec le gouvernement, mais la patrie vient avant tout», a-t-il déclaré devant les députés qui l’avaient interpellé, trois jours durant, lors du débat autour de la politique du gouvernement. Un débat qui aura été très animé, voire houleux par certains moments, entre les différentes sensibilités politiques représentées à l’APN.
Tout en réitérant son propos sur le droit de manifester « garanti par la Constitution » et que « chacun est libre de défendre son opinion », le Premier ministre a usé de rétrospectives pour faire observer que « l’opposition de certains à la candidature du président Bouteflika avait déjà commencé lorsqu’il avait brigué un troisième mandat et n’a donc rien à voir avec son état de santé actuel».
Dans son appel à «la vigilance», M. Ouyahia a souligné «le caractère anonyme des appels à manifester» et le fait que des « parties étrangères commencent à s’agiter », rappelant, par la même occasion, la grève politique à laquelle avait appelé en 1991 l’ex-Front islamique du salut (FIS) et ses conséquences désastreuses sur l’ordre et la stabilité du pays.
S’agissant du scrutin présidentiel, M. Ouyahia a rejeté ce qu’il a qualifié de « tentatives d’exercer une quelconque tutelle sur le peuple algérien, qui choisira souverainement le 18 avril prochain son président de la République », appelant à « mesurer le chemin parcouru ces 20 dernières années et à préserver les réalisations qui ont été accomplies », citant, comme acquis, «la relance de l’économie, l’éradication des bidonvilles et la construction de millions de logements». «Rien ne peut empêcher le peuple algérien de choisir souverainement le président de la République », citant tout l’arsenal juridique qui va encadrer le déroulement de l’opération dans la « transparence ».

Observateurs étrangers  et «conférence nationale»
En dépit des manifestations de rue, le gouvernement gardera le cap, a promis le Premier ministre dans une déclaration à la presse au sortir de la plénière, précisant que «le gouvernement continuera à préparer l’élection présidentielle du 18 avril 2019».
Insistant sur les garanties de «transparence dans lesquelles se déroulera l’élection présidentielle», le conférencier a mis en avant l’arsenal juridique mis en place notamment à travers la Haute instance indépendante de surveillance des élections (Hiise) présidée par Abdelwahab Derbal. Il a dans le même temps annoncé la présence attendue de 400 observateurs étrangers pour la surveillance des élections. Ces observateurs représenteront l’Union africaine, la Ligue arabe, l’ONU et de l’UE. En réponse aux parlementaires partisans du changement, Ouyahia a évoqué «la conférence nationale» proposée par le Président sortant dans sa déclaration de candidature annoncée le 10 février dernier.
«La vocation de cette conférence, ce n’est pas pour servir le pouvoir, mais l’Algérie», a-t-il plaidé, réaffirmant que « la conférence débattra de toutes les questions, sans tabou, à l’exception des constantes nationales, et permettra d’opérer un changement pacifique et consensuel dans l’intérêt de l’Algérie pour aboutir à la mise en place d’un gouvernement national de coalition et un amendement radical de la Constitution ainsi qu’une meilleure vision pour servir l’Algérie».
Au volet économique, le Premier ministre a répondu aux critiques de l’opposition. «On ne va pas dire qu’on a fait des miracles, mais personne ne peut nier que le pays a accompli des avancées dans différents domaines», a-t-il fait remarquer, ajoutant que la machine économique «a redémarré après une crise et une baisse de l’activité ».
Et de relever que « la croissance économique s’est maintenue en dépit de la baisse des cours du pétrole de 110 dollars, en 2014, à 30 dollars en 2015».
«Nous ne sommes pas venus vous dire que tout a été résolu», a fait encore observer M. Ouyahia reconnaîssant que la gouvernance publique a encore besoin «de réformes, d’évaluation, de bien d’autres choses».
Le Premier ministre a insisté, par ailleurs, sur «les efforts de l’Etat pour diminuer le volume des importations, qui sont passées de 58,5 mds de dollars en 2014 à 46 milliards de dollars en 2018, reconnaîssant l’échec du système des licences d’importation ».
S’exprimant sur la corruption, M. Ouyahia dira que «nous ne disons pas qu’il n’y a pas de corruption dans les passations de marchés publics », citant le chiffre de 3 369 affaires de corruption traitées par la justice et l’identification de 6 766 individus. Pour lui, « c’est faux de dire qu’il y a une épidémie de corruption ».
Prière dans les écoles : «Laissez les enfants étudier»
Ahmed Ouyahia est revenu par ailleurs sur la polémique autour de la prière dans les écoles. « Il faut protéger l’école des perturbations politiques. Il faut laisser nos enfants étudier pour qu’ils soient une force pour l’Algérie et pour l’islam », a lancé le Premier ministre. « Nous sommes tous des musulmans à part une minorité. L’islam ne vient pas faire une conquête», a indiqué l’intervenant, qui rappelle également le nombre important de mosquées dans le pays.
S’agissant de la gratuité des soins, il s’agit d’un « principe sacré pour l’Algérie », a soutenu M. Ouyahia, qui a apporté «un démenti formel sur ce qui se dit sur l’intention de l’Etat algérien d’abandonner ce principe», arguant que «l’Etat continue de construire des établissements de santé publique à travers l’ensemble du territoire national ».n