Le blocage des projets de Cevital a été à l’origine d’une foire d’empoigne, jeudi à l’Assemblée populaire nationale (APN), à la suite de la réponse du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aux préoccupations des députés sur la déclaration de politique générale. Interpellant en pleine séance plénière le Premier ministre à propos du blocage des projets de Cevital, des députés de l’opposition ont voulu en comprendre les raisons. M. Ouyahia a rétorqué qu’il n’a pas été interrogé sur ce dossier dans le cadre des débats, mais que cela ne l’empêchait pas d’y répondre : «Cevital qui active depuis 1998 dans l’agroalimentaire, l’électroménager, la construction, l’industrie du verre et les réseaux de distribution a-t-il été un jour bloqué ?», a lancé Ouyahia. Avant d’enchaîner : «Maintenant, quand il y a un problème, il doit être réglé dans les administrations, avec les dossiers. Les malentendus sur tel ou tel dossier concernent des centaines d’entreprises et ce n’est pas par la politisation et les marches que se règlent ces problèmes.» La réponse a suscité une vive réaction chez le groupe parlementaire du RCD qui a provoqué un véritable brouhaha en récusant les explications du Premier ministre. Dans une cacophonie indescriptible les députés RCD scandaient «le peuple veut le départ du régime», tandis que ceux de l’Alliance, notamment ceux du RND et FLN applaudissaient le Premier ministre et chahutaient l’opposition en tapant sur les tables.
Ouyahia a dû attendre que les choses se calment pour asséner : «Depuis une semaine, il y a des marches et j’ai dit que nous sommes heureux que ces manifestations soient pacifiques. Nous sommes confiants en les enfants de l’Algérie mais nous avons peur des manipulations et des manœuvres. Je rappelle 1991, c’était comme aujourd’hui, je lis maintenant qu’il y a un appel à la grève, je rappelle la grève de 1991. Les citoyens ont offert des roses aux policiers, c’est beau, mais je rappelle qu’en Syrie, ça a commencé aussi avec des roses.» Cette dernière phrase a suscité le départ du groupe parlementaire du RCD de l’Hémicycle. Et à Ouyahia de lancer une pique aux parlementaires du RCD : «Je leur dis la vérité et ils se lèvent pour confirmer qu’ils veulent le chaos.» Selon Atmane Mazouz, député RCD de Béjaïa, Ouyahia n’a pas été convaincant : «Il a brandi la menace, il a parlé de manipulation, ce qui est très grave. Il cherche à faire peur à ceux qui vont marcher vendredi.»
Commentant de son côté les réponses du Premier ministre aux questions des députés, Djelloul Djoudi, président du groupe parlementaire du Parti des travailleurs, a estimé que « le Premier ministre n’a pas été convaincant et n’a pas fourni de réponses aux questionnements des députés. Cela dit, c’est un Ouyahia qui s’était départi de son arrogance habituelle et qui a évité la provocation qu’on a vu ce jeudi en plénière». Idem pour les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) selon lesquels «Ouyahia n’a répondu à aucune des préoccupations dont lui ont fait part les députés, même s’il s’est montré conciliant».N. B.