«Vinicius juega, Suarez mata». La Une de AS jeudi résumait à elle seule tout le paradoxe de la victoire barcelonaise mercredi dans l’antre madrilène de Bernabeu (0-3). «Vinicius joue, Suarez tue». La phrase choc a de quoi surprendre tant comparer le chasseur de but uruguayen au jeune prodige de 18 ans semble hors-sujet. Pourtant, elle fait sens.
Mercredi, Vinicius a mis le feu à la défense barcelonaise pendant près de 70 minutes. Mieux, ce fut l’un des seuls à remuer le cocotier et à bomber le torse face à la tempête lorsque le Barça a frappé en premier. Son rush exceptionnel de quarante mètres, qui a notamment laissé Piqué sur les fesses, aurait mérité meilleur sort. Mais sa frappe, contrée, est passée à côté (67e).
Symbolique à plus d’un titre. Sur cette demi-finale retour, le Brésilien de 18 ans a frappé à six reprises, souvent dans des positions plutôt favorables. Résultat : 0 but. À l’inverse, le Barça, clinique, n’a eu qu’à frapper quatre fois pour marquer à trois reprises. «La différence entre se manquer et ne rien manquer» résumait également Marca.
3 buts sur…
75 occasions
Pour juger le Brésilien, il faut néanmoins de la nuance et aller plus loin que ces ratés récents. Car la jurisprudence Mbappé a vite fait oublier qu’un jeune de 18 ans, aussi talentueux soit-il, n’était pas un joueur fini, à même de porter sur ses épaules l’animation et la finition du Real Madrid. S’être imposé dans cet effectif XXL est déjà une prouesse qu’il convient de mettre en avant justement. Surtout, s’il a profité de la disgrâce de Marcos Asensio, Isco voire de Gareh Bale pour se faire une place dans le onze merengue, il a déjà su s’y rendre indispensable.
Sa vitesse, son sens du dribble et son amour de la provocation ont réveillé une animation offensive qui ronronnait. Son association avec Karim Benzema a remis le Français sur les bons rails et bénéficie également à Lucas Vazquez, lui aussi amoureux de la profondeur. Son entente avec l’autre révélation madrilène, Sergio Reguilon, semble promettre une aile gauche dorée pour les années à venir pour la Casa Blanca. En somme, Vinicius était l’arme manquante du Real. Mais une arme qui tarde à tuer.
Depuis le début de saison, le Brésilien, transféré pour près de 60 millions d’euros, a disputé 22 matches. Son bilan statistique reste pour l’heure maigrichon : 3 buts, 9 passes décisives. Mais c’est une autre stat qui a beaucoup fait parler d’elle de l’autre côté des Pyrénées. Depuis ses débuts avec les pros madrilènes, Vinicius s’est procuré 75 occasions (!). Soit un taux de conversion de … 4%. Problématique lorsque l’on l’un des éléments offensifs du grand Real Madrid.
Quand Raùl avait son âge…
Interrogé après la rencontre sur certaines comparaisons osées rapprochant le Brésilien à Lionel Messi après le but du prodige de 18 ans face à l’Ajax, Jordi Alba n’a pas cherché la polémique. Il a simplement remis les choses dans leur contexte : «Je n’ai jamais dit du mal de lui mais bon certains le comparent au meilleur joueur du monde. Mon Dieu…». Une manière de rappeler que Vinicius n’est encore qu’un diamant qu’il convient de polir.
Un avis partagé par tous au sein de la Casa Blanca. À Madrid, les défauts de Vinicius ne sont pas encore vus comme un handicap pour les objectifs madrilènes mais plus comme des axes de progression pour leur pépite, probablement amenée in fine à prendre le pouvoir au fil des années.
Après Santiago Solari qui a rappelé tout le bien qu’il pensait du Brésilien, c’est Jorge Valdano qui a résumé toute la situation dans laquelle se trouve le feu-follet.
L’ancien directeur sportif du Real a ainsi repris l’exemple de Raúl González lors de ses débuts au Real au micro du Transistor : «Quand Raúl avait l’âge de Vinicius, nous avons passé des jours à corriger sa finition, a expliqué l’Argentin. Le but ultime c’est qu’il s’entraîne et qu’il travaille. Il va le faire et va progresser car pour l’instant, il lui manque simplement de s’arrêter un peu et lever la tête». On souhaite au Brésilien de suivre l’exemple de la légende espagnole de la Casa Blanca (323 buts en 741 matches). Cela signifiera que le prodige maladroit s’est transformé en superstar tueuse. n