Au lendemain du mouvement citoyen à Alger et à travers le pays, le Parti des travailleurs (PT), une première depuis 2004, a finalement opté pour le boycott de la prochaine élection présidentielle et à ne pas déposer ainsi le dossier de candidature auprès du Conseil Constitutionnel.

Décision à laquelle est parvenu le comité central (CC) du parti à l’issue de ses travaux de deux jours, hier à Alger. «Le comité central a décidé de ne pas prendre part à l’élection d’avril prochain par consensus», a annoncé Louisa Hanoune, hier après-midi à la presse, tout en soulignant que «les débats étaient riches et intenses à propos du mouvement historique et prérévolutionnaire en marche qui s’est enclenché lors de la marche du 22 février dernier». Selon elle, «la décision de ne pas participer est stratégique et non pas tactique, compte tenu de la situation actuelle du pays. Nous sommes face à un système putréfié, qui n’a pas d’assise sociale, isolé et qu’on doit aider à partir». Aussi, et tout en estimant que «ce processus prétendument électoral est porteur de dangers pour le pays», la patronne du PT soutiendra que « le comité central considère que notre parti doit continuer le combat avec les couches populaires jusqu’au départ du régime». Dans tous les cas de figures, la première responsable du parti fera observer que «l’élection telle qu’elle a été préparée est refusée même si le président de la République ne déposera pas son dossier de candidature le
3 mars». Aussi et tout en appelant à «un départ du régime et une sauvegarde de la sécurité nationale», Louisa Hanoune a estimé que « la véritable solution à la situation inédite actuelle du pays est le recouvrement de la souveraineté populaire».
«Il est impératif de redonner la parole au peuple pour qu’il exerce pleinement sa souveraineté et décide de son avenir», lance-t-elle, précisant que « c’est à la majorité de décider de la forme des institutions provisoires pour organiser de vraies élections à court terme, c’est-à-dire dans deux mois et demi environ avec la mise en place d’une véritable instance de surveillance des élections». Le Parti des travailleurs estime que l’option d’une assemblée constituante est la plus à même de régler la crise. «Il ne faut pas qu’il y ait une impasse politique pendant des mois comme cela s’est passé dans plusieurs pays», a-t-elle recommandé. Evoquant la décision du président de la République concernant son dépôt éventuel de dossier de candidature, la patronne du parti a estimé que « ce 3 mars est une journée charnière ».
«Si les partisans honnis du statu quo s’entêtent à déposer le dossier de candidature du président coûte que coûte, nul ne peut prévoir les développements futurs et la réaction de la majorité», a-t-elle fait observer. La conférencière a appelé ses militants à organiser des assemblées générales pour participer à tous les débats et à toutes les marches pacifiques «pour la chute du régime sans aucune ingérence étrangère». « A l’exception de deux abstentions, tous les membres du comité central ont voté pour la non-participation » à la présidentielle du 18 avril, a déclaré pour sa part Ramdane-Youssef Tazibt, député et membre du bureau politique du PT.
« Le parti se devait de prendre en compte le processus révolutionnaire en cours en Algérie.
Des millions d’Algériens réclament le départ du système et cette élection présidentielle ne peut pas répondre à cette aspiration réelle au changement», a dit M. Tazibt. Pour rappel, Louisa Hanoune a été candidate aux présidentielles de 2004, 2009 et 2014, ne totalisant que de faibles scores (entre 1 et 4,2%).<