PAR INES DALI
Les marches pacifiques qui ont drainé un nombre impressionnant d’Algériens dans les différentes régions du pays sont devenues une tribune d’expression pour tout un chacun. Et à chacun de s’exprimer sur ses attentes, de crier sa colère, qui pour le changement, qui contre le cinquième mandat, qui pour une meilleure gouvernance, la justice sociale, qui contre la corruption, le chômage, la mal vie, etc. C’est que le contexte politique actuel est favorable aux revendications de larges pans de la société. La conjoncture politique que traverse le pays est de nature à pousser les langues à se délier et à prendre comme tribune d’expression tout moyen pouvant le permettre, des réseaux sociaux aux marches populaires qui ont débuté vendredi 22 février et dont la dernière en date observée était avant-hier 1er mars. D’ailleurs, certaines organisations de la société civile et autres n’ont pas hésité, cette fois, à faire savoir et à clamer leur totale adhésion au mouvement citoyen qui, au fil du temps, semble prendre de plus en plus d’ampleur. C’est que les aspirations des citoyens, qu’elles soient d’ordre social ou professionnel notamment, sont nombreuses et en attente de concrétisation depuis de nombreuses années. A l’instar de l’Intersyndicale de l’Education nationale qui, à la veille de la marche du
1er mars, s’est exprimée pour faire part de son soutien indéfectible au mouvement citoyen et aux manifestants, tout en appelant, bien sûr, à maintenir le caractère pacifique des marches.
C’est également une occasion de faire entendre sa voix et de réitérer les revendications de ses membres, restées en grande partie lettre morte.
Contacté à ce sujet, le premier responsable de l’Unpef, Sadek Dziri, a déclaré que l’organisation qu’il représente reste dans l’attente de la satisfaction des revendications socioprofessionnelles de l’ensemble de la corporation. Mais pas seulement. Car s’il reste optimiste par rapport aux difficultés à résoudre par le biais du dialogue avec la tutelle, il n’en demeure pas moins que sur un autre registre, à savoir celui de pouvoir exercer en tant qu’Intersyndicale regroupant plus d’une dizaine de syndicats de plusieurs secteurs, il déplore les «deux poids deux mesures» en termes d’équité de la part des autorités concernées.
Loin de verser dans le défaitisme et tout en parlant sur un ton optimiste, Dziri note qu’un gouvernement doit composer avec le peuple, les travailleurs des différents secteurs, et répondre à leurs aspirations. Dans le cas contraire, c’est-à-dire s’il reste sourd à leurs revendications légitimes – dans le cas présent il s’agit de l’exercice du droit syndical — «on peut dire que le gouvernement n’a pas fait preuve d’équité ni même de justice envers nous», a-t-il tenu à souligner. Avant d’étayer ses propos : «Comment se fait-il que des organisations qui ont voulu se regrouper en une confédération ou syndicat et qui ont déposé bien après nous leur dossier d’agrément ont déjà obtenu celui-ci, alors que nous, nous demeurons dans l’attente ? Est-ce cela la justice ?» Et Dziri de poursuivre sur un ton qui est monté d’un cran : «Les autorités concernées ne nous ont pas traités de la même façon et je le déplore.» Pour lui, il est clair que la conjoncture politique actuelle est une occasion de dire tous les maux de la société, des travailleurs, etc.
C’est pourquoi, a enchaîné Dziri, «nous sommes pour le changement qui apportera quelque chose de positif pour nous et pour le pays». Explicitant encore plus son idée et voulant visiblement s’exprimer sur la question, le patron de l’Unpef, qui devra également, après obtention de l’agrément, présider l’Intersyndicale qui regroupera treize syndicats, dira : «Nous sommes pour le changement qui aide à l’émergence et à la mise sur pied d’un Etat de droit, d’un Etat juste qui consacre la justice sociale pour tous, sans distinction. Nous sommes pour le changement qui respecte la Constitution et consacre la démocratie.» En guise de conclusion, il estime que «tout changement qui intervient dans l’intérêt du pays et du peuple est le bienvenu».<