« Jusqu’à la fin des temps » de la  réalisatrice algérienne Yasmine Chouikh a remporté le Prix Oumarou-Ganda du meilleur premier film de la 26e édition du Festival panafricain du cinéma  et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), clôturée dans la soirée de  samedi  dernier.

Sorti en 2017, «Jusqu’à la fin des temps», premier long-métrage de Yasmine Chouikh, est une histoire d’amour entre Ali, un fossoyeur septuagénaire, et Djoher, une veuve sexagénaire qui prépare, de son vivant, ses funérailles.  Il a été accueilli par les  festivaliers comme un film de résilience et de bienveillance, où les personnages dans le film prennent soin  les uns des autres  en  ne les jugeant pas et où «chaque personnage est libre selon sa vision de la liberté»  tel que le souligne la réalisatrice algérienne. Le film a déjà raflé plusieurs prix, dont le «Annab d’or» au 3e Festival  de Annaba du dilm méditerranéen, le «Khindjar d’or» Grand prix au 10e Festival international de Mascate, ainsi que le «Whir d’or», Grand prix du 11e Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa).  Et plus récemment, au mois de février passé, le Prix du jury du  Festival international du premier film d’Annonay.
«The Mercy of the jungle» raffle l’Etalon d’ or de Yennenga
Le film rwandais «The Mercy of the Jungle» (La miséricorde de la jungle), de Joël Karekezi, a remporté quant à lui l’Etalon d’or de Yennenga du 26e Fespaco. «C’est un grand honneur pour moi, toute mon équipe et toute cette jeune génération, on va continuer à faire des films», a déclaré le cinéaste de 33 ans après la cérémonie de clôture du Festival.  «C’est magnifique ! Il y a travaillé des années, il s’est créé tout seul», en apprenant «le cinéma sur Internet», «c’est un scénario très fort», a déclaré son producteur Aurélien Bodinaux.
Le film suit la dérive de deux soldats rwandais, perdus dans la jungle lors de la Deuxième guerre du Congo, en 1998. Plus qu’un film de guerre, il s’agit d’une réflexion sur l’absurdité de ce conflit terriblement meurtrier, comme de toutes les guerres, magnifiée par des images superbes de la jungle du Kivu. Joël Karekezi «a grandi lui-même dans les camps de réfugiés à la suite du génocide rwandais» de 1994, a expliqué son producteur. «C’est un film sur la vie et sur la paix», a confié le réalisateur. Le film rafle aussi le Prix d’interprétation masculine décerné à Marc Zinga, («Les rRayures du zèbre, Dheepan) pour son rôle du sergent Xavier. Un soldat épuisé par les guerres sans fin, interprété avec puissance et justesse. Le trophée a été remis en présence du président rwandais Paul Kagame, le Rwanda étant le pays invité d’honneur du Fespaco cette année. Quant à l’Etalon d’argent, il a été décerné à l’Egyptien Khaled Youssef pour son film «Karma», et l’Etalon de bronze à «Fatwa», du Tunisien Ben Mohmound
Le 26e  Fespaco, qui s’est déroulé  du 23 février au 2 mars  dernier, a célébré le 50e anniversaire de sa création (1969-2019) sous le slogan «Mémoires et avenir des cinémas africains». Le Rwanda était le pays invité d’honneur de cette édition du cinquantenaire du  Fespaco. Vingt longs métrages de fiction étaient en lice pour décrocher  «l’Etalon d’or de Yennenga».  Le jury de cette catégorie a été présidé par le critique de cinéma, l’Algérien Ahmed Bedjaoui.
«Desrances» plébiscité par
le public boudé
par le jury
«Desrances» de la Burkinabè Apolline Traore,  qui a remporté un franc succès auprès du public, ne remporte qu’un prix technique, celui du décor. L’édition du cinquantenaire du Fespaco n’aura donc pas récompensé de femme, à l’instar des 25 Fespaco précédents depuis la création du festival en1969. Une étrangeté qui a provoqué une polémique, de nombreuses voix s’élevant pour qu’une femme soit primée. Plaidoyer pour les femmes, «Desrances» met en lumière le courage et la sagesse des femmes face à la folie des hommes, dans une fiction située  pendant la tragique crise post-électorale ivoirienne de 2010-11. «Desrances» de la Burkinabé  Apolline Traoré a toutefois été récompensé, la veille, soit vendredi dernier, lors de la remise des prix spéciaux du festival du  prix  de l’Assemblée nationale et du prix de la Ville de Ouagadougou, suscitant des  acclamations dans  une salle bondée. «C’est le public qui vous fait et qui vous défait. Voilà une première victoire. On a fait le meilleur film qu’on pouvait,», avait réagi Apolline Traoré,
Même pas peur, pour libérer la parole des femmes en Afrique
L’édition de cette année a, par ailleurs été marquée par la révélation d’agressions sexuelles contre les femmes dans le monde du cinéma africain, touchant aussi bien des actrices que des réalisatrices et des techniciennes. Inspirées par les mouvements  MeToo et  Balance ton porc, deux actrices, la Française Nadège Beausson-Diagne et la Burkinabè Azata Soro, ont accusé des cinéastes africains de harcèlement sexuel et d’agressions contre elles. Azata Soro a été agressée lors d’un tournage en 2017 par le cinéaste burkinabè Tahirou Tasséré Ouedraogo, qui lui a lacéré le visage avec un tesson de bouteille. Deux collectifs de femmes, «Cinéastes non-alignées» et «Noire n’est pas mon métier», ont lancé un mouvement, «Même pas peur», pour «libérer la parole des femmes» en Afrique, espérant encourager d’autres femmes à témoigner.n

Palmarès 2019 du 26e Fespaco
Etalon d’or de Yennenga : « The Mercy of the Jungle » (La miséricorde de la jungle), de Joël Karekezi (Rwanda)
Etalon d’argent : « Karma », de Khaled Youssef (Egypte)
Etalon de bronze : « Fatwa », de Ben Mohmound (Tunisie)
Prix d’interprétation masculine   Marc Zinga, pour « The Mercy of the  Jungle » (Rwanda)
Prix d’interprétation féminine  Samantha Mugotsia, pour « Rafiki » (Kenya)
Scénario : « Regarde-moi », de Nejib Belkadhi (Tunisie)
Prix Oumarou-Ganda du meilleur premier film : « Jusqu’à la fin des  Temps », de Yasmine Chouikh (Algérie)
Etalon d’or- Documentaire long métrage : « Le loup d’or de Balolé », d’Aïcha Boro Leterrier (Burkina Faso)