La concurrence va s’intensifier entre la Russie et la France pour le marché algérien des céréales. Alors que la production russe de céréales a connu, depuis cinq ans, un véritable essor, l’échiquier céréalier mondial a, quant à lui, subi une profonde mutation. Incapable de s’adapter à la concurrence, la France risque de voir sa part sur ses marchés traditionnels se rétrécir, prédit le think tank français Agridées, dans un rapport publié cette semaine. Ce rapport fait constater que la filière céréalière française traverse une zone de turbulences depuis quelques années déjà, alors que le pays était un des principaux pourvoyeurs mondiaux en blé.
La faiblesse de la filière céréalière française a profité à d’autres producteurs, dont l’émergence a permis une redistribution des cartes sur l’échiquier mondial des céréales. C’est-à-dire que la baisse des volumes exportés par la France a été compensée par d’autres producteurs, à l’instar de la Russie qui, depuis quelques mois déjà, approvisionne nombre de pays, dont les Etats de l’Afrique du Nord. «Lors de la campagne 2017-2018, la Russie seule a exporté 41 millions de tonnes de blé.
Elle est devenue le pays leader, loin devant les Etats-Unis, l’UE, le Canada (entre 20 et 25 millions de tonnes), et fixe des références. Sur 10 ans, c’est une tornade, sur une période plus longue de 20 ans, c’est un ouragan!», écrit ce responsable filières et produits du think tank Agridées. L’analyste s’inquiète quant à la faiblesse des capacités de la France à faire face à l’essor de la filière céréalière russe. La France est le premier producteur et le premier vendeur européen de blé à l’international.
Or, fait constater ledit rapport, alors que la production russe a progressé, l’Hexagone, lui, a perdu des parts de marché. Ces dernières se sont notamment rétrécies en Afrique de l’Ouest, au Maroc et en Egypte, en ce qui concerne les acheteurs privés. Sur le cas de l’Algérie, le think tank rappelle que l’Algérie est le premier débouché pour la France hors d’Europe, mais rien ne garantit que ce titre sera conservé encore longtemps. Le pays, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement, représente un morceau de choix pour des concurrents internationaux prêts à en découdre, incluant la Russie et ses prix attractifs, selon le rapport. L’Algérie, un des plus gros importateurs mondiaux de blé, a importé pour 3,1 milliards de dollars en céréales-semoule-farine durant l’année 2018 contre 2,77 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de plus de 320 millions de dollars (+11,55%). Des scores qui, en tout cas, placent l’Algérie au quatrième rang mondial, soit bien avant l’ensemble des pays de l’Union européenne, le Brésil et l’Egypte. La hausse de la facture d’importation des céréales est la conséquence, en partie, de la faible production nationale qui n’a pu dépasser les 60 millions de quintaux durant la saison 2017-2018.
Les prévisions du ministère de l’Agriculture pour la saison 2018-2019 tablent sur une production céréalière de 90 millions de quintaux. Dans les années à venir, les analystes d’Agridées s’attendent à ce que la concurrence entre la France et la Russie s’intensifie sur le marché algérien. Car, pendant que la production russe évolue à vive allure, 135 millions de tonnes de céréales en 2017 et 112,8 millions de tonnes en 2017, dont 72,07 millions de tonnes de blé, la France a besoin d’une stratégie pour adapter l’exportation de ses céréales aux nouveaux défis de la filière, conclut le rapport d’Agridées.<