Le dernier jour du dépôt des dossiers de candidatures auprès du Conseil constitutionnel des potentiels candidats à la magistrature suprême a été incontestablement marqué par une déclaration importante du président-candidat Abdelaziz Bouteflika à l’adresse de la nation, dans laquelle il a fait montre d’une volonté d’apaiser les esprits, en formulant une série d’engagements à concrétiser dans un avenir proche.

Dans sa déclaration, le Président Bouteflika s’est notamment engagé pour l’organisation, en cas de victoire au rendez-vous d’avril prochain, d’une élection présidentielle anticipée dont l’échéance sera arrêtée par la conférence nationale inclusive qu’il avait déjà promis dans son message de candidature adressé le 10 février dernier.
Le message du président est guidé, selon toute vraisemblance, par le souci majeur d’apaiser les esprits et de ramener le calme et la sérénité à l’approche d’une présidentielle, source de tensions. Cette volonté d’apaisement prend tout son sens dès lors qu’elle est exprimée sous le sceau de l’engagement.
Dans un message adressé à la nation, qui prend, à bien des égards, l’allure d’une volonté d’apaisement devant une « rue » qui gronde, ces dernières semaines, contre le choix de la continuité, le président
Bouteflika accorde une importance capitale à la conférence nationale inclusive à qui revient, selon les termes du message, la responsabilité et la prérogative de définir l’échéance qui verra la tenue de cette présidentielle anticipée à laquelle il ne prendra pas part.
M. Bouteflika s’est ainsi engagé à « organiser une élection présidentielle anticipée conformément au calendrier arrêté par la conférence nationale indépendante», ajoutant dans le même sillage qu’il s’engage à «ne pas être candidat à cette élection qui assurera ma succession dans des conditions incontestables de sérénité, de liberté et de transparence ».
Pour ce qui est de la date de tenue de cette élection présidentielle anticipée, il a souligné qu’elle « sera fixée par la conférence nationale », se déclarant « déterminé » en cas de sa réélection à « assumer la responsabilité historique de la concrétisation de l’exigence fondamentale du peuple, c’est-à-dire le changement du système», répondant ainsi à l’exigence fondamentale du peuple. Détaillant ses engagements, le président Bouteflika a évoqué la tenue «juste après l’élection présidentielle, d’une conférence nationale inclusive et indépendante pour débattre, élaborer et adopter des réformes politiques, institutionnelles, économiques et sociales, devant constituer le socle du nouveau système rénovateur de l’Etat national algérien en harmonie avec les aspirations de notre peuple ». Il a annoncé, dans la même lignée, « l’élaboration et l’adoption par référendum populaire d’une nouvelle Constitution qui consacrera la naissance de la nouvelle République et du nouveau système algérien ».
Le chef de l’Etat a également évoqué «la mise en œuvre rapide de politiques publiques garantissant une redistribution des richesses nationales plus juste et plus équitable et l’élimination de la marginalisation et de l’exclusion sociales, y compris le phénomène de la harga, ainsi qu’une mobilisation nationale effective contre toutes les formes de corruption ».
Le chef de l’Etat a pris aussi un engagement pour « la prise de mesures concrètes pour faire de tous nos jeunes des acteurs et des bénéficiaires prioritaires dans la vie publique à tous les niveaux et dans toutes les sphères du développement économique et social ».
S’agissant des mécanismes d’encadrement et de contrôle des scrutins, M. Bouteflika, a annoncé «la révision de la loi électorale avec notamment la création d’un mécanisme indépendant d’organisation des élections qui aura la responsabilité exclusive de l’organisation des élections ».
«Le cri du cœur des manifestants entendu»
Le Président de la République est revenu, par ailleurs, sur sa candidature à la magistrature suprême et a relevé qu’elle intervenait « en réponse aux sollicitations des citoyens, de la classe politique et de la société civile, dans un esprit d’accomplissement d’un devoir ultime au service de notre pays et de notre peuple ». Sur le rendez-vous d’avril prochain, M. Bouteflika dit inviter les Algériens à faire de cette échéance ce qu’il qualifie de « l’acte de naissance d’une nouvelle république algérienne à laquelle le peuple algérien aspire ».
Dans son message à la Nation, le chef de l’Etat et désormais candidat à sa propre succession a abordé les marches populaires qu’a connues le pays ces dernières semaines et au cours desquelles a été contestée l’option de sa candidature pour un 5e mandat.
M. Bouteflika a tenu à « saluer le civisme qui a caractérisé ces marches populaires » ainsi que «le comportement professionnel exemplaire des différents corps de sécurité », se félicitant également de l’attitude de tous nos concitoyens qui «ont réservé l’expression de leur opinion pour le jour du scrutin à travers les urnes ».
Saluant également l’ANP pour « sa mobilisation en toutes circonstances dans l’accomplissement de ses missions constitutionnelles», il a affirmé qu’il reste « à l’écoute de toutes les opinions qui s’expriment dans notre société ».
M. Bouteflika dit faire le serment qu’il ne laisserait «aucune force, politique ou économique, détourner le destin et les richesses de notre nation au profit d’intérêts personnels ou de groupes occultes», ajoutant avoir «écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m’ont interpellé sur l’avenir de notre patrie ».
« Ces jeunes dont beaucoup ont l’âge porteur de dignité et de générosité que j’avais au moment où j’ai rejoint les rangs de la glorieuse Armée de libération nationale, ont exprimé une inquiétude compréhensible face aux incertitudes qui les animent », a-t-il souligné.
« J’ai le devoir et la volonté d’apaiser les cœurs et les esprits de mes compatriotes. Je le fais également en tant que président de la République pleinement respectueux de la volonté populaire qui m’a accordé l’insigne privilège de me porter à la magistrature suprême », a-t-il encore relevé.
« Je le fais enfin en qualité de candidat à la prochaine élection présidentielle, avec conviction», a conclu M. Bouteflika son message.n