La tension monte du côté de la grande famille des éleveurs d’ovins, non pas en raison de la lenteur de la campagne de vaccination contre la peste du petit ruminant (PPR), entamée au début du mois de février dernier, mais contre le fait que les marchés aux bestiaux restent toujours fermés suite à la décision prise par les pouvoirs publics à la fin du mois de décembre 2018.

Une mesure de précaution rendue impérative compte tenu de la vitesse de propagation de la PPR. Rappelons que le ministère de l’Agriculture avait ordonné, en décembre 2018, la fermeture des marchés aux bestiaux pendant un mois et l’interdiction du transport d’ovins sans autorisation des services de l’abattoir, pour protéger le cheptel contre la propagation de l’épidémie. Nous sommes en mars et la mesure est toujours maintenue. Une situation que les éleveurs n’arrivent pas à admettre. A cet effet, Bouzid Salim, membre de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins, que Reporters a pu joindre hier par téléphone, dira que «le maintien de la fermeture des marchés aux bestiaux commence à pénaliser lourdement les éleveurs». Et pour cause. Offusqué, notre interlocuteur s’explique : «Dans notre activité, nos ressources financières proviennent exclusivement des marchés aux bestiaux. Les fermer pendant une longue durée nous prive de l’argent qui nous est nécessaire pour nous ravitailler et surtout pouvoir nous approvisionner en complément alimentaire pour nos bêtes.» «Nous demandons expressément la levée des mesures, du moins dans les régions où le cheptel ovin a été en totalité vacciné.» Du côté des services vétérinaires, c’est un autre son de cloche. En effet, selon nos sources très proche des services, «il serait irréfléchi pour l’heure d’ouvrir certains marchés et maintenir la fermeture d’autres connaîssant la mobilité des maquignons».
Notre source nous a, par ailleurs, indiqué qu’«il est pour l’heure inconcevable d’autoriser l’ouverture des marchés à bestiaux car nous avons affaires en parallèle à deux épizooties, le PPR et la fièvre aphteuse. Et donc il y a fort à parier que les marchés vont continuer d’être fermés pour encore quelques semaines. Le temps que la campagne de vaccination des ovins et des bovins touche un maximum de bêtes».
Nouvel arrivage de vaccins aujourd’hui
Cela dit, pour ce faire, il faudra disposer d’une quantité très importante de vaccins. Et sur ce point, on a appris d’une source proche des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture, que les 5 000 000 de doses de vaccins réceptionnés à la fin du mois de janvier dernier ont été utilisées dans leur totalité et que la même quantité de vaccins sera réceptionné demain (ndlr aujourd’hui). Autant dire que ce n’est pas demain la veille que tout le cheptel sera vacciné, dès lors où l’on sait que le pays compte près de 26 millions de têtes d’ovins. Devant cette donne, une question se pose : les éleveurs seront-ils en mesure de s’adapter à une telle situation jusqu’à nouvel ordre ?
Risque sanitaire ?
Ce qui n’est pas du tout évident. Et du coup, la tentation d’user d’un circuit parallèle est réelle, et ne fait pas l’ombre d’un doute chez de nombreux éleveurs, car comment expliquer que, jusqu’ici, les étals des boucheries n’ont jamais été autant achalandés en viande rouge fraîche ? D’où vient toute cette marchandise, si ce n’est d’abattoirs fournis par les maquignons ? Ces derniers semblent savoir où acheter les bêtes destinées à l’abattage, quand bien même les marchés à bestiaux sont fermés depuis des semaines. Si tel est le cas, on peut se demander si tout ce qui est proposé au consommateur comme viande rouge fraîche a fait l’objet d’un contrôle strict de la qualité de la part des services vétérinaires, ou alors des carcasses leur ont échappé et, partant, cela peut devenir un sérieux problème de santé publique. Un scénario à éviter. Et donc aux services vétérinaires de mettre les bouchées doubles pour barrer la route aux artisans bouchers sans scrupules. Pour l’heure, les services vétérinaires assurent que la consommation de viande provenant de bêtes malades est sans conséquence sur la santé humaine.<