De mémoire de reporter, le journaliste pas le journal, jamais une après-midi de clôture des dépôts pour la magistrature suprême n’a été aussi riche en rebondissements de tous genres, mais force est de reconnaître que la palme de l’effarement est revenue à Rachid Nekkaz.

On se souvient qu’à la dernière présidentielle, le trublion aux forts traits de clown avait prétendu que les formulaires de signatures recueillis pour la circonstance lui ont été dérobés au sein même de la cour du siège du Conseil constitutionnel. De même qu’il aurait été menacé par des forces occultes lors de la présidentielle… française face à Jacques Chirac, puis tabassé à Paris par des sbires de Saâdani. Un parcours et des déclarations atypiques d’un homme qui a su redonner quand même beaucoup d’espoir à une jeunesse qui ne veut plus rester sous tutelle de la génération de Novembre.
Ne réunissant pas les critères d’éligibilité pour la présidentielle algérienne, Nekkaz s’est quand même lancé dans la course au koursi d’avril 2019. Un véhicule, un mégaphone, des téléphones portables, un discours qui fait tilt, captation d’une jeunesse désabusée, ont été, écrivions-nous sur ces mêmes colonnes, les atouts maîtres du candidat anachronique.
Le buzz, Nekkaz l’a fait à chaque apparition, et d’aucuns commençaient à miser sur le candidat au discours incohérent, mais porteur quand même. Il a été porté sur des milliers d’épaules de jeunes venus lui accorder un blanc-seing, une délégation de pouvoir d’une jeunesse blasée à un quadragénaire porteur de beaucoup d’aspirations. Puis, patatras. La «mécanique» s’est grippée et Nekkaz s’est montré aussi manipulateur que menteur, et aussi clownesque que grotesque.

Nekkaz vs Chirac
L’enfant que Chlef, et toute la jeune Algérie, voulait prodige s’est révélé un piètre illusionniste qui voulait faire des tours de prestidigitation que tout le monde soupçonnait, mais qui y croyait quand même un peu. Un tout petit peu.
Au Conseil constitutionnel, l’histoire retiendra qu’un certain après-midi du 3 mars 2019, un incertain Rachid Nekkaz a franchi le portail du siège de «l’établissement» de Tayeb Belaïz, a déposé ses formulaires pour la présidentielle, puis s’est taillé, comme un voleur d’espérances qu’il est, par la porte de derrière. Les journalistes venus écouter la déclaration du milliardaire franco-algérien, quoique, ont de suite été groggy quand le chargé de communication du Conseil constitutionnel leur présentera Rachid Nekkaz qui n’était pas Rachid Nekkaz !!!
La stupeur fera place à la fureur chez des journalistes faisant le pied de grue depuis des heures pour accomplir une formalité somme toute ennuyeuse. Mais cette fois, c’était le scoop. Le candidat à l’élection présidentielle était bien Rachid Nekkaz, mais ce n’était plus le cocasse hirsute, mais un homonyme, un cousin du premier, mécanicien de son état, alors que pour l’événement, nous aurions aimé plutôt un psychiatre pour les uns et une camisole de force pour le Nekkaz qu’on connaissait.
Personne sur place ne comprenait ce qu’il se passait, jusqu’à ce que sur la page Facebook de Nekkaz (ne nous demandez pas lequel) ce dernier déclare avoir été kidnappé par la police, alors que son alter-ego déclarait, avec de grosses gouttes de sueur et un aplomb incertain, que c’est lui le candidat à la présidentielle, et que «l’autre», celui d’avant, allait être son directeur de campagne. Dire que le défunt fils du deuxième président du GPRA Benyoucef Benkhedda est mort pour que de tels agités du bocal s’agrémentent…
Un coup de massue, un autre, venait d’être donné à une présidentielle que l’on voudrait finie tant elle a donné de migraines et tournis à toute personne sensée. Et sensée, n’était pas le cas de Nekkaz.
Sur la Toile, les jeunes s’emballaient, allant du «kidnapping du héros Nekkaz» au «coup de la sécurité militaire» en passant par des

« rendez-nous Nekkaz ».
Amine, 27 ans, du Kenya où il bosse dans une entreprise italienne est circonspect, mais croit quand même à la disparition forcée «du héros de la jeunesse». Aux posts qui se suivent et infos contradictoires, il répondra par des «Nekkaz, s’il réapparaît, nous expliquera tout ça».
De son côté, Amir, un architecte constantinois, le même âge, ne parle que de «kidnapping», lui qui a battu le pavé sur des dizaines de kilomètres depuis des jours pour réclamer un autre statut pour les jeunes, autre que les fausses promesses de l’Anem.
Puis le sinistre personnage, puisque ses pitreries ne font plus rire personne, réapparait derrière son téléphone, avec un post de deux minutes où il explique «avoir berné le pouvoir», et qu’il sera «le directeur de campagne de son sosie patronymique, puis son vice-président, et enfin le président, après avoir changé la Constitution». Il a berné, oui, mais pas que «le pouvoir».
De la comédie sans arte. Finalement, Rachid Nekkaz avait bien un programme : être Président. C’est tout. Même si c’est au détriment des attentes d’une jeunesse perdue entre un avenir hypothéqué par d’improbables prêts de l’Ansej et une traversée de la Méditerranée, voyageant vers un inconnu aussi certain que les promesses et les fanfaronnades d’un Rachid Nekkaz, qu’il soit milliardaire ou mécanicien.
L’histoire retiendra en cet après-midi du 3 mars 2018 que l’enfant de Oued Sly a été emporté par les crues de sa folie. L’histoire retiendra qu’il a été l’auteur d’une infamie, d’une trahison, non seulement envers cette jeunesse qui y voyait son sauveur, mais aussi envers l’Etat algérien et ses institutions, qu’il a balayés d’un revers de grandiloquence et de mépris.
Alors salut Rachid. Retourne d’où tu viens, à cette France qui t’a fait un idiot utile partout où tu gigotes. Les sketchs de l’apprenti politicien ne font plus gausser personne, et la «mécanique» échafaudée autour de sa personne a fait un immense flop.