Par Wafia Sifouane
Pour le développement de l’industrie pharmaceutique en Algérie, la révision du prix du médicament est plus que souhaitable. Du moins, c’est ce que propose le président de l’Union des opérateurs pharmaceutiques (Unop), Abdelouahed Kerrar, qui a souligné, hier sur les ondes de la Radio nationale, la nécessité d’aller vers la révision des prix des produits pharmaceutiques. «Il faut réviser les prix des médicaments qui sont gérés par un décret qui existe depuis déjà vingt ans. Les choses ont changé, notre pays couvre aujourd’hui plus de 50% de ses besoins. Il est tout à fait normal que le système de prix change et s’adapte à cette nouvelle situation», a-t-il dit. Concernant l’impact d’une éventuelle hausse des prix des médicaments sur leur remboursement, M. Kerrar a indiqué qu’«il y a une grande confusion depuis plusieurs années entre le prix du médicament et le remboursement». Sur ce point, il a souligné que le médicament ne représente pas seulement un enjeu social, mais aussi économique. «Le prix du médicament ne devrait pas souffrir des problèmes de sécurité sociale, l’enjeu que représente le médicament n’est pas social mais surtout économique. C’est aussi un enjeu de développement de l’industrie, d’emploi de centaines de milliers d’Algériens», a-t-il indiqué.
L’Algérie, comme beaucoup de pays dans le monde, a trois objectifs pour l’industrie pharmaceutique. D’abord, assurer l’accès aux soins, qui passe par une pression permanente exercée sur les prix, mettre à la disposition des malades des médicaments de qualité et installer une industrie forte. Beaucoup de pays sont arrivés à concilier ces trois objectifs. Pour que cela se fasse, il faut arriver à un équilibre qui nécessite des ajustements permanents. Ce n’est pas le cas chez nous», a fait savoir M. Kerrar.
Malgré une croissance de 17%, réalisée ces dernières années dans l’industrie pharmaceutique, le président de l’Unop a tiré la sonnette d’alarme sur un éventuel retour à l’importation, à cause des difficultés que rencontrent les producteurs pharmaceutiques. «Les prix des éléments de coût sont en train d’augmenter dans notre pays depuis plusieurs années, il n’y a que les prix des médicaments qui baissent. Nous alertons contre un déclin et un essoufflement de cette industrie qui se traduirait par le retour à la case importation», a-t-il dit. Par ailleurs, et pour ceux qui restent sceptiques face à la qualité du produit local, le président de l’Unop a affirmé que «les standards de qualité du médicament algérien sont d’un niveau assez élevé», rappelant la nécessité de booster cette industrie. «Nous avons fabriqué en 2018 pour près de 2 milliards de dollars de médicaments contre 800 millions pour le Maroc, et 1,100 milliard de dollars pour la Tunisie. Il y a un taux élevé de croissance démographique en Algérie, ainsi que la prise en charge de certaines maladies, dont le cancer, qui sont très budgétivores, qui font qu’il ne faut pas s’attendre à une baisse de la consommation. Aujourd’hui, il faudrait suivre cette consommation et la couvrir par des produits fabriqués au niveau local. Car il faut savoir que sur 720 millions de boîtes consommées, 470 millions sont fabriquées en Algérie», a-t-il affirmé. «L’Algérie doit donner naissance à des champions régionaux pour concurrencer les géants du secteur. La production locale est beaucoup plus lucrative que l’importation, même si cette dernière est nécessaire car, aucun pays ne fabrique tout ce qu’il consomme», a-t-il ajouté. Interrogé sur la part de l’Algérie sur le marché international du médicament, Kerrar l’a qualifiée d’«insignifiante», car l’Algérien «n’est pas un grand consommateur. Il ne consomme que 78 dollars par habitant alors que la consommation mondiale est de 127 dollars par habitant».
Par ailleurs, dans le cadre de son engagement pour la révision du prix du médicament, l’Unop dévoilera aujourd’hui son étude sur les prix des médicaments appliqués en Algérie, en procédant, notamment, à une comparaison avec ceux appliqués effectivement au sein de quelque neuf pays de la région européenne et méditerranéenne. Il s’agit de France, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Grèce, Turquie, Maroc, Tunisie et Egypte. Menée par Iqvia, un cabinet de renommée mondiale, spécialisé dans la connaissance et l’analyse des marchés pharmaceutiques à l’échelle internationale, l’étude a procédé à la comparaison de quelque 51 produits, couvrant une dizaine de classes thérapeutiques et incluant aussi bien des molécules princeps que génériques.n