Les engagements pris par le président Abdelaziz Bouteflika dans le message qui a accompagné le dépôt de sa candidature à sa propre succession a fait réagir la classe politique.

Incontestablement, le contenu du message, lu par le directeur de sa campagne électoral, Abdelghani Zaâlane, ne pouvait laisser indifférent, compte tenu des annonces faites, notamment l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, la révision constitutionnelle par référendum populaire et le mécanisme indépendant d’organisation des élections… Le message a eu un accueil plutôt mitigé au vu des critiques, parfois acerbes, qu’il a suscitées de la part de certains opposants, particulièrement ceux qui avaient l’intention de prendre part au scrutin présidentiel d’avril prochain, alors qu’au sein des partis de l’Alliance présidentielle, l’on se félicitait du contenu du message.
Une « réponse » aux manifestations
Du côté des partis du pouvoir, l’heure est à l’expression de la satisfaction suite à la lettre du président-candidat. C’est ainsi que le FLN a indiqué que la lettre du Président constituait «une feuille de route claire en réponse aux réclamations du peuple, notamment aux jeunes ». Pour le parti majoritaire, « les engagements pris par le Président dans sa lettre au peuple algérien démontrent, par son contenu et ses dimensions, la lecture juste et saine des revendications légitimes exprimées par les citoyens par des manifestations organisées à travers le pays ».
Dans un communiqué diffusé hier, l’ex-parti unique est revenu sur la conférence nationale inclusive promise par Bouteflika. Une conférence qui représente « une sécurité pour l’avenir du pays » et qui, de son point de vue « sera basée sur un débat profond de société, constituera une occasion unique dans l’histoire politique du pays et un virage décisif ».

Cette conférence, ajoute le FLN,  «vise à atteindre un consensus national concernant les réformes que notre pays doit suivre, dans le cadre d’une nouvelle Constitution qu’approuvera le peuple par voie référendaire». «Elle concrétisera la naissance d’une deuxième République», soutient le parti. Même réaction chez le parti du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui n’a pas tardé à se féliciter des engagements pris par le chef de l’Etat. Le RND a réagi en exprimant «sa satisfaction du contenu de la lettre du moudjahid Abdelaziz Bouteflika». Un message qui constitue «une confirmation de l’écoute du moudjahid Abdelaziz Bouteflika, en toute fidélité, des voix des citoyens ayant exprimé des revendications de changement». Bouteflika, explique le RND, «s’est approfondi dans les réformes annoncées le 10 février». Les engagements pris pour la conférence nationale et une présidentielle anticipée reflètent, d’après lui «des réponses claires aux revendications des citoyens». Le RND espère enfin que cette lettre «contribuera à apaiser les esprits pour que le pays puisse avancer vers le rendez-vous électoral du 18 avril dans la paix et la stabilité».

Interrogations et mises en garde
Du côté des partis de l’opposition, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), qui animait hier une conférence de presse, a appelé les partisans de la continuité à «libérer le chef de l’Etat». Un véritable pavé dans la marre préélectorale ! Mme Hanoune a préféré s’adresser d’emblée, à «ceux qui parlent et qui décident au nom du président de la République» et qui «ont osé présenter son dossier de candidature au mépris de la volonté clairement exprimée du peuple contre le 5e mandat et pour le départ du système». La patronne du PT, qui dit avoir «pris acte» de la lettre, parle d’une «provocation», demandant carrément d’«annuler la présidentielle du 18 avril» et de «laisser le moudjahid Abdelaziz Bouteflika quitter le pouvoir paisiblement aux risques d’aggraver encore la situation». Le RCD a, pour sa part, dénoncé ce qui semble être pour lui un contournement des propositions de l’opposition. «La lettre lue par le directeur de campagne du chef de l’Etat, spoliant l’opposition de son projet pour mieux le pervertir, résonne comme une insulte de plus, une insulte de trop à l’intelligence collective du peuple algérien», a indiqué le parti dans un communiqué, doutant de la capacité de Bouteflika à tenir les engagements pris. Le RCD considère que «la mobilisation exemplaire appelle et exige l’écriture d’une nouvelle ère». Plus critique, Ali Benflis, qui a décidé de ne pas se présenter à la course quelques heures avant la fin du délai de dépôt des dossiers, n’a pas caché ses doutes quant à la paternité du Président de ladite lettre. Dans une réaction écrite rendue publique, pour Ali Benflis, ce message «est, au fond comme dans la forme, un nouveau défi inacceptable et une provocation supplémentaire inqualifiable». L’ancien chef de gouvernement estime que le peuple algérien «attendait une réponse sans ambiguïté et sans louvoiement à ses demandes». Hélas, a-t-il regretté, «il n’a eu droit qu’à la répétition d’anciennes promesses non tenues depuis vingt ans». Aux yeux du président de Talaie El Hourriyet, les manifestations nocturnes constituaient d’ores et déjà une réponse.