Le message du chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, candidat à un nouveau mandat, lu par son directeur de campagne, Abdelghani Zaâlane, lors du dépôt de son dossier de candidature, dimanche soir, auprès du Conseil constitutionnel, constitue un geste d’apaisement et «une proposition politique» visant, en premier lieu, à asseoir un climat de sérénité à la veille de l’échéance importante du 18 avril prochain.

Par rachid maloufi
Face à l’imposante mobilisation de la rue des 22 février et du 1er de ce mois, la palette de propositions contenues dans ce message aspire à répondre aux revendications formulées lors de ces deux mobilisations, à savoir, au-delà du refus exprimé contre un cinquième mandat, la rupture avec le système actuel et la refondation de l’Etat sur de nouvelles bases consensuelles.
Mettant fin au suspense qui planait depuis quelques mois déjà sur sa possible candidature, le message offre, également, une certaine visibilité sur ses intentions futures qui revêtent un cachet consensuel et immédiat.
Intervenant dans un contexte où l’Algérie, est-il souligné, a «besoin de poursuivre sa marche vers la démocratie, le progrès et la prospérité sans rompre les processus d’accumulation de ses acquis», le message du chef de l’Etat en appelle au «sursaut de toutes les forces politiques, économiques et sociales et de toutes les catégories de la population».
Pour répondre à cette ambition, le chef de l’Etat, qui affirme avoir entendu l’ensemble des acteurs qui l’ont interpellé, citoyens, classe politique et société civile, dont il a salué «le civisme» des récentes mobilisations, leur fait «le serment» de préserver «le destin et les richesses» du pays en veillant à ne laisser «aucune force, politique ou économique, détourner le destin et les richesses de notre nation au profit d’intérêts personnels ou de groupes occultes».
Se disant, par ailleurs, conscient de cette «responsabilité historique», celle de concrétiser l’«exigence fondamentale» qu’est le changement du système, le chef de l’Etat s’est engagé dans son message à lancer un processus de réformes qui répondront à l’ensemble des revendications soulevées par différentes forces et sensibilités politiques et catégories sociales pour aboutir à une transition en douce, s’il est réélu le 18 avril.
Première étape, et pour mettre en place le cadre général de cette transition, le chef de l’Etat s’engage pour la tenue d’une conférence nationale «inclusive et indépendante» qui interviendra juste après l’élection présidentielle. Une requête formulée avec insistance ces derniers temps par une large partie de la classe politique.
Cette conférence, est-il indiqué, aura pour mission de «débattre, élaborer et adopter des réformes politiques, institutionnelles, économiques et sociales», qui devraient «constituer le socle du nouveau système rénovateur de l’Etat».
Une réflexion qu’elle mènera, est-il précisé, dans un esprit «en harmonie» avec les aspirations exprimées par la mobilisation populaire.
Elle sera suivie par «l’élaboration et l’adoption par référendum populaire d’une nouvelle Constitution qui consacrera la naissance de la Nouvelle République et du nouveau système algériens», comme deuxième étape. Une Constitution qui sera, à ne pas en douter, le réceptacle des recommandations qui émaneront de la conférence nationale qui l’aura précédée.
Le recours au référendum populaire suppose la dissolution des assemblées élues et l’organisation d’élections législatives et locales. Des élections qui se tiendront dans le cadre d’un nouveau dispositif législatif promis, lui aussi, d’être renforcé par «la création d’un mécanisme indépendant d’organisation des élections qui aura la responsabilité exclusive de l’organisation des élections», qui a été, longtemps durant, une revendication principale de certaines formations politiques.
Autre engagement significatif du chef de l’Etat, qui revêt une importance vitale pour la stabilité recherchée, «la mise en œuvre rapide de politiques publiques garantissant une redistribution des richesses nationales plus juste et plus équitable et l’élimination de la marginalisation et de l’exclusion sociales».
Une mesure qui, dans le contexte de crise que vit le pays, permettra de contenir les disparités sociales et de redonner un souffle à l’économie nationale, toujours dépendante de la rente pétrolière, et plombée, de l’avis même du gouvernement et de plusieurs responsables au niveau de l’Etat, par la bureaucratie et la corruption contre lesquelles une «mobilisation nationale effective» sera mise en œuvre.
Principale force démographique du pays et des récentes mobilisations populaires, la jeunesse est promise à être un «acteur» de cette nouvelle politique. Des «mesures concrètes pour faire de tous nos jeunes des acteurs et des bénéficiaires prioritaires dans la vie publique à tous les niveaux et dans toutes les sphères du développement économique et social» sont ainsi énoncées parmi les engagements du chef de l’Etat. Enfin, et comme couronnement de ce processus de réformes sur lesquelles s’est engagé le chef de l’Etat, une élection présidentielle anticipée, à laquelle il ne prendra pas part, sera organisée pour élire un nouveau président et mettre en œuvre ces réformes. Elle se tiendra «conformément au calendrier arrêté par la conférence nationale indépendante» qui fixera sa date.<