Au lendemain du dépôt de son dossier de candidature au Conseil constitutionnel, le prétendant à la magistrature suprême Abdelaziz Belaïd, président du Front El Moustakbal, a annoncé, hier à Alger, qu’il se retirera de la course à la présidentielle si la candidature du président sortant Abdelaziz Bouteflika est maintenue, exprimant ainsi son refus de prendre part à ce qu’il qualifie de «simulacre d’élection».

Ce dernier affirme réagir à la lettre qu’a adressée, dimanche soir, Abdelaziz Bouteflika aux Algériens et dans laquelle il s’engage principalement à organiser une conférence nationale de consensus et une élection présidentielle anticipée à laquelle il ne participera pas, s’il est réélu le 18 avril. C’est dans ce sens que Belaïd a exprimé son refus catégorique de «l’option d’un prolongement, report ou tenue d’une élection anticipée», car «peuple et partis de l’opposition en sont les seuls perdants», a-t-il martelé. «Je n’irai pas au bout de la course pour la présidentielle dans le cas où la candidature de M. Bouteflika ne sera pas retirée, et ce, même si le Conseil constitutionnel valide mon dossier de candidature», précisant qu’il ne participera qu’à une «élection sans Bouteflika».
Pour Belaïd, le gouvernement en place devrait être au diapason de la volonté populaire, qui s’est largement exprimée contre un nouveau mandat de Bouteflika. «Le peuple a pris ses responsabilités en sortant dans la rue réclamant le retrait de la candidature de Bouteflika. Mais ce système ignore le peuple et les partis de l’opposition», a-t-il clamé tout en avertissant que «ni l’Etat ni l’opposition ne pourront maîtriser la rue».
«Les autorités compétentes s’obstinent à violer les lois de la République, en organisant depuis toujours des élections truquées», accusant le système en place de transgresser l’article 28 du règlement intérieur du Conseil constitutionnel, qui impose au prétendant à la magistrature suprême de se déplacer au siège de cette institution et de déposer personnellement son dossier de candidature. «On refuse qu’un candidat absent prenne part à la compétition avec une simple procuration», insiste Belaïd, allusion à Abdelghani Zaalane, directeur de campagne du candidat Bouteflika. Ce dernier n’a pas omis de critiquer Abdelouahab Derbal, président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (Hiise), qui aurait légitimé le dépôt de dossier de candidature pour la présidence par procuration, alors qu’il avait indiqué la veille que la loi en vigueur impose la présence physique du concerné. «Le premier, Derbal était un homme de loi. Le second est de l’Alliance présidentielle», a caricaturé le président du Front
El Moustakbal.
Il a par ailleurs émis des doutes quant au nombre «gigantesque» de signatures collectées par Bouteflika. «L’élection est tranchée d’avance. Pourquoi aller vers les urnes, s’il a réussi à collecter plus de 5 millions de signatures ?», s’est demandé ironiquement le président du Front El Moustakbal. Abdelaziz Belaïd a réitérer sa détermination à se retirer de la compétition pour la présidentielle même si le Conseil constitutionnel valide son dossier de candidature. Une validation qui lui interdit constitutionnellement de se retirer de la course vers la magistrature suprême. «Ils piétinent à leur guise la Constitution et les lois de la République. Est-ce à nous seuls de les respecter ?», s’est-il interrogé en guise de justification.