La Chine inquiète le marché pétrolier. Les prévisions de croissance pour 2019 n’ont jamais été aussi sombres. A leur annonce, hier, les cours ont chuté, effaçant les gains de la veille, craignant une baisse de la demande mondiale de brut. Vers 17H00, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 65,33 dollars à Londres, perdant 34 cents par rapport au niveau de clôture de lundi. A New York, le baril américain de WTI pour le contrat d’avril décrochait et perd 25 cents à 56,34 dollars. C’est dire que l’euphorie suscitée la semaine dernière par l’avancée des négociations commerciales sino-américaines a cédé subito presto à l’inquiétude sur la croissance chinoise et, par ricochet, sur la demande mondiale de pétrole. Les prévisions d’hier ont déçu plus d’un ; le PIB chinois croîtra entre 6% et 6,5% en 2019, en très léger repli par rapport à 2018 (6,6%), a annoncé mardi le Premier ministre Li Keqiang. Pour les analystes de Wood MacKenzie, la croissance de la demande de pétrole de la Chine devrait atteindre son plus bas niveau en une décennie en 2019. «La demande est prise entre deux maux, la faiblesse de la croissance du PIB et l’effet des politiques environnementales» qui favorisent les véhicules électriques, expliquent-ils. Le marché réagissait aussi à la reprise des extractions dans le champ d’al-Charara, en Libye, qui était bloqué depuis décembre par un groupe armé. Les extractions de
315 000 barils par jour devraient reprendre, ce qui va doper la production libyenne alors même que ses partenaires de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) tentent de limiter l’offre. Entre cette reprise libyenne et les baisses de production volontaires de l’Arabie saoudite, «la production de l’Opep devrait évoluer aux alentours de 30,4 à 30,6 millions de barils par jour (mbj) au deuxième trimestre», a estimé Tamas Varga, analyste chez PVM. Selon lui, la demande d’or noir en provenance de l’Opep devrait être d’environ 30,86 mbj sur la même période. L’offre des membres de l’Opep exemptés des accords de réduction de l’offre a, en revanche, perdu du terrain, puisqu’elle était en baisse de
700 000 barils par jour le mois dernier, ce qui est de nature à compenser certains excédents qui minent le marché. Mais, encore une fois, le risque de voir la production américaine battre de nouveaux records dans les mois à venir pèse. Les marchés gardent d’ailleurs les yeux rivés sur les données hebdomadaires de l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) sur les réserves des États-Unis, mais aussi sur l’état de la production. La semaine dernière, les dernières statistiques de l’EIA ont montré un fulgurant essor de l’industrie du schiste ; la production du pétrole atteignant un record inégalé de 12,2 millions de barils par jour. Au chapitre des réserves stratégiques du pays, les stocks de brut sont attendus en hausse de 1,05 million de barils la semaine achevée le 1er mars, les stocks d’essence en baisse de 1,5 million de barils, et ceux d’autres produits distillés (fioul de chauffage et gazole) en baisse de 911 000 barils, selon la médiane d’un consensus d’analystes compilé par Bloomberg.