Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités, expert international, estime, dans une longue analyse, que les partis politiques, toutes tendances confondues, n’ont joué aucun rôle dans la mobilisation citoyenne de ces derniers jours. Pour lui, la confusion qui règne actuellement dans le mouvement associatif national rend difficile l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. Il ajoute : «Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui le traversent et sa relation complexe à la société et à l’Etat ajoutent à cette confusion et rendent impératif une réflexion urgente autour de sa restructuration.» Cela reflète, selon lui, les grandes fractures survenues dans le système politique national. Et de poursuivre : «Nous avons une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, certains segments étant l’appendice de partis islamiques légaux. Nous avons une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions, par problèmes de leadership.» Mebtoul explique également que nous avons une société civile « informelle », « inorganisée », « totalement atomisée », mais formant un maillage dense. Relevant que sans une intégration intelligente de la sphère informelle, non pas par des mesures bureaucratiques autoritaires, mais par l’implication de la société elle-même, il ne faut pas compter sur une réelle dynamisation de la société civile. Pour lui, la forte mobilisation du 22 février et du 1er mars implique d’analyser les aspirations de la société civile. Force est de constater, dit-il, qu’elle est éclatée et que, contrairement aux idées du passé, même certaines confréries religieuses qui, avec la désintégration sociale et une jeunesse branchée, ont de moins en moins d’impacts contrairement à une vision du passé. Au moment où le monde connaît des bouleversements politiques, sociaux et économiques, et où l’Algérie est interpellée pour de véritables réformes démocratiques, une des conditions d’un développement harmonieux et durable face à l’implacable mondialisation, l’on doit rendre un grand hommage, poursuit-il, à nos forces de sécurité, qui ont su gérer de manière moderne ces manifestations, et à notre jeunesse (qui n’a pas connu le drame des années 1990, voulant un changement) pour sa maturité politique et pour les marches pacifiques organisées. Les enjeux actuels et futurs des réformes passent, selon lui, par une évaluation de l’environnement politique, économique, social, par une identification des acteurs internes et externes impliqués dans le processus des réformes, par une analyse des stratégies développées ou qui risquent d’être développées par les acteurs hostiles… Abderrahmane Mebtoul estime qu’il y a urgence à agir, en mettant en place une collaboration étroite entre partis politiques, associations et, de manière générale, toute la société civile, l’administration, dont les walis, les entreprises publiques et privées, les collectifs des travailleurs, les syndicats, en aplanissant par le dialogue et la concertation les divergences des uns et des autres. De même qu’il y a nécessité, a-t-il souligné, de concilier objectifs stratégiques, intérêts individuels et intérêt collectif, en expliquant que le pays aura tout à gagner en faisant aboutir les réformes et que les gagnants à moyen terme seront plus nombreux que les perdants à court terme. Et, dernier élément, une communication intelligente et active est fondamentale pour les faire aboutir. n