Slimane Hachi, qui sera officiellement installé, aujourd’hui, au poste de Directeur général du nouveau Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine immatériel en Afrique, une structure installée à Alger et placée sous l’égide de l’Unesco, est revenu pour nous, samedi dernier, en marge de la conférence qu’il a animée au Musée des beaux-arts d’Alger, sur certains objectifs et missions de ce nouveau centre.

Reporters : La création du Centre régional pour la sauvegarde du patrimoine immatériel en Afrique prend, aujourd’hui, forme, pouvez-vous revenir sur cette initiative qui remonterait à l’année 2009 ?
Slimane Hachi : C’est au lendemain de l’organisation du Festival panafricain, en 2009, que l’idée avait été de capitaliser cette expérience marquante et de la faire fructifier. Et l’un des éléments de valorisation de ce rendez-vous, aux côtés, par exemple des nombreux colloques organisés précédemment, on a pensé à la mise en place d’instruments permettant de nous investir dans la culture africaine. C’est dans ce contexte qu’est venue l’initiative de l’Algérie, qui se sert ici de l’opportunité offerte par l’Unesco aux Etats pour créer des centres régionaux au service des conventions. Et ce nouveau centre est au service de la Convention de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine immatériel de l’humanité

Il s’agit donc d’un «équivalent» aux centres existant déjà pour le patrimoine matériel depuis la convention de 1972. Cela a-t-il été une initiative d’Alger ?

Oui, la situation est la même pour la Convention de 1972 sur le patrimoine mondial. Il existe par exemple un centre pour le monde arabe à Bahreïn, ce sont, dans les deux cas, ce que nous appelons les centres de catégorie 2. Et pour le patrimoine immatériel, dans le cadre de la Convention de 2003, le centre régional dédié à l’Afrique est dès à présent en Algérie. Et, en effet, il s’agit bien d’une initiative de l’Algérie et à sa demande. D’autres pays du continent ont demandé à abriter ce centre et pour départager les demandes, l’Unesco a établi des rapports de faisabilité. Celui consacré à l’Algérie avait permis au pays d’être choisi, le dossier avait pris en compte le patrimoine, les moyens humains, mais aussi la législation, notamment la loi de 1998.

Quel est la marge de manœuvres de tels centres et quelle serait votre mission ?

Comme pour les autres centres régionaux, les missions du centre d’Alger sont de servir les objectifs stratégiques de l’Unesco, de servir la Convention de 2003, d’aider et soutenir les Etats dans leurs politiques de mise en œuvre de la convention sur le patrimoine immatériel. Dans ce contexte, il sera notamment proposé des ateliers de formation dans le but de renforcer les capacités des Etats à gérer et assurer la préservation et la sauvegarde de leur patrimoine immatériel.

Comment se fera le travail du centre et quelle sera son action prioritaire?

L’Algérie assurera le financement, au moins durant les premières années, ce qui va de soi en tant que pays demandeur. Par ailleurs, il faut savoir que le centre est pour le moment hébergé à la villa Dar Abdeltif, mais le siège officiel, et qui sera bientôt réceptionné en tant que siège définitif, est « DJnan Lakhdar », derrière le ministère de la Santé, qui est actuellement en restauration. Quant aux priorités, ce sera notamment l’inventaire. En fait, la convention fait obligation aux Etats de posséder des inventaires de leur patrimoine immatériel et l’Algérie a acquis une certaine expérience dans ce domaine, avec des textes, des compétences et un potentiel de chercheurs et de spécialistes.

Vous quittez le Centre national de recherche préhistorique anthropologique et historique pour une mission tout aussi importante, avez-vous le sentiment de poursuivre une même mission ?

Je ne quitte pas la mission du CNRPAH. Ce centre africain est aussi destiné à valoriser le potentiel humain, scientifique et le travail des spécialistes de notre pays et bien entendu du CNRPAH. Les missions s’interpénètrent, également, avec les directions de la culture ou l’ensemble des structures chargées de la sauvegarde du patrimoine. Par ailleurs, cela appuie aussi nos dossiers de classements de nouveaux éléments du patrimoine immatériel.