La 17e édition du Festival culturel national du film amazigh s’est clôturée, avant-hier, sans attribution, pour la deuxième année consécutive, de l’Olivier d’or du meilleur long métrage par le jury, car aucun des quatre longs métrages en compétition ne respecte les critères de qualité d’une œuvre cinématographique digne de ce nom.

Lors de la cérémonie de clôture, qui s’est déroulée à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, le président du jury Saïd Oulmi a expliqué que les quatre long métrages en compétition à cette 17e  édition, qui a débuté le 28 février dernier, «ne remplissaient pas les critères technico-artistiques  d’attribution de la plus haute distinction de ce festival». En précisant que «les quatre productions qui ont été proposées ne répondaient pas, entre autres, aux plans du scénario de la mise en scène, de l’interprétation, de la réalisation, de la direction de la photographie, du mixage et de la musique», en soulignant que le long métrage exige beaucoup de moyens.
Le même constat avait été dressé l’année passée, lors de la 16e édition, où le jury présidé par l’universitaire et scénariste Tahar Boukella avait, dans les recommandations du jury, tenu à expliquer qu’à l’unanimité les membres du jury ont tenu à respecter le critère de qualité. Et dans les films fiction, la qualité n’était pas au rendez-vous. Sur cette lancée, le président du jury Boukella a souligné que le Festival du film amazigh doit relever le défi de la qualité en proposant l’ouverture de la compétition du festival à des œuvres amazighes internationales. A l’instar des productions de haute qualité de nos voisins marocains ou égyptiens.
Cette ouverture vers l’international avait également été affichée par le nouveau commissaire de la manifestation Amar Tribèche qui, tout en soulignant la difficulté de trouver des longs métrages de qualité, avait confié à Reporters que son but est de faire de cette manifestation un festival international. Il avait précisé, à cet effet, dans nos colonnes que «notre objectif à travers cela est de rehausser le niveau de la manifestation en intégrant des œuvres d’autres pays, afin de découvrir d’autres formes et approches cinématographiques». «Ceci à l’instar des productions cinématographiques de la Tunisie, du Maroc, de la Libye, d’Egypte, des îles Canaries et du Canada, dont les œuvres de film amazigh sont de grande qualité et surtout professionnelles», dira M.Tribèche. Toutefois, dans l’édition de cette année, faute de s’ouvrir à l’international,  les organisateurs ont essayé de trouver des solutions à l’amer constat de l’inexistence de longs métrages amazighs de qualité en organisant différents master-class pour les stagiaires afin de les former et de les encourager. C’est dans cet esprit d’encouragement que le jury a attribué une mention spéciale pour le long métrage de 85 mn  «Tamachahut N Selyouna» d’Aziz Chelmouni, construit autour de la légende de Selyouna.  Le président du jury a souligné à ce propos que «l’attribution de cette mention vise à encourager les jeunes pour qu’ils continuent de rêver et de produire». Quant au film «Issegmi N Tayri», un long  métrage de Lounès Medjnah, il a obtenu le prix du public de la meilleure fiction.
Le documentaire amazigh  sauve l’honneur
Si la catégorie longs-métrages a encore une fois déçu les professionnels, celle documentaire apporte par contre satisfaction et une véritable embellie sur le devenir du septième art amazigh. En effet,  deux  Oliviers d’or ont été attribués en ex aequo aux films «JSK Asmi tervah» d’Abdarazak Larbi Cherif et «Juba II» de Mokrane Aït Saada. Le documentaire de Larbi Cherif retrace à travers des témoignages, cinquante ans d’un parcours parsemé de gloires et de réussites du club de football  algérien, la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK). «Je voulais que ce soit un film positif qui rassemble. Raconter une époque qui nous a fait rêver», a souligné à l’APS le réalisateur, déjà primé de l’Olivier d’or pour ses documentaires «Cheikh El Hasnaoui, de la Maison blanche à  l’océan bleu» et «Kamel Hamadi». Larbi Cherif a ajouté que «c’est un peu un film, pour moi et tous  ceux qui ont connu cette période de gloire de la JSK. Expliquer à ceux qui ne l’ont pas connu qu’il fut un temps où la JSK était un grand club et que le football algérien était d’un bon niveau». Quant à l’autre grand vainqueur de cette catégorie,  le documentaire «Juba II» de Mokrane Aït Saada, retraçant l’épopée du roi amazigh, bâtisseur, pacifiste et savant, rappelle comment Juba II a été enlevé par  Rome où il grandit avant d’être renvoyé à l’âge de 25 ans, en Numidie, où  il sera intronisé par Rome roi de Maurétanie.
Le réalisateur s’est appuyé sur l’historien Abderrahmane Khelifa pour la réalisation de ce documentaire d’histoire, des témoignages de spécialistes qui ont donné une valeur historique à ce documentaire ainsi que les décors et accessoires qui lui ont apporté une valeur esthétique. Dans cette même catégorie, le jury a attribué la mention spéciale au film «Asefrek Idhouman dhi Bouzguène» de Djamel Bacha qui traite de la gestion des déchets dans la région de Bouzguène à Tizi-Ouzou. Dans la catégorie court métrage «l’Olivier d’or» a été attribué à «Celui qui brûle» de Slimane Bounia, un film de 17 mn qui a nécessité trois ans de travail pour raconter l’histoire de Lounès, un pêcheur qui va tenter de s’immoler, a indiqué le réalisateur à la réception de sa distinction. Ce  film   a déjà été primé dans d’autres festivals à l’instar du Festival international du film amazigh de Montréal. «Je suis fier d’avoir obtenu une distinction dans ce festival», s’est-il réjoui. Le court métrage «Tayematt» de Yahia Haddadi a décroché la mention spéciale du jury dans cette même catégorie.
S’agissant des autres catégories, l’Olivier d’or du meilleur film d’animation a été attribué à Rabah Hattabi pour son film «Ighalen Yedouklen». La meilleure interprétation masculine a été remportée en ex æquo par Nassim Kheladi dans le long métrage «le Rival», et Dilef Hakim dans le film «le Choc». La meilleure interprétation féminine est revenue à Fetta Hocini dans son rôle de la mère d’Idir dans le film de «Issegmi N Tayri».n