L’Union des opérateurs algériens de la pharmacie estime que les prix du médicament pratiqués actuellement dans le pays sont trop bas et ne suffisent plus à assumer des charges de plus en plus lourdes.

Par Wafia Sifouane
A travers un travail de benchmark effectué à l’échelle de neuf pays, ils considèrent que le consommateur algérien est en mesure de faire un effort et acheter ses produits pharmaceutiques permettant à l’industrie nationale de poursuivre son développement. Un enjeu majeur tant pour la filière que pour l’économie nationale ! Soucieux du devenir de l’industrie pharmaceutique, qu’il estime freinée par la politique des bas prix des médicaments, Abdelouahed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie, a en effet mis en garde les autorités contre un retour inévitable vers l’importation. C’est lors de la présentation d’une étude comparative sur les prix du médicament en Algérie que le responsable a indiqué que la pression permanente exercée sur les prix des médicaments est en train de « casser la dynamique de croissance et surtout le développement de la production locale, indispensable à la réalisation des objectifs de la politique nationale de santé publique ». Indiquant que l’Algérie produit aujourd’hui plus de 50% de ses besoins, il a regretté que les prix appliqués dans le secteur constituent un « réel obstacle » pour l’investissement, d’autant plus que la non-rentabilité du marché dissuade les producteurs de « recourir à la technologie de fabrication des produits innovants ou de produits de biotechnologie », a-t-il dit. L’étude menée par le cabinet internationale IQVIA s’est intéressée à quelque 51 produits pharmaceutiques couvrant une dizaine de classes thérapeutiques et incluant des molécules princeps tout autant que des molécules génériques. Pour donner une vision plus globale des politiques de prix exercés dans le monde, l’étude a inclus
9 pays issus des régions européenne et méditerranéenne, à savoir France, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, Grèce, Turquie, Maroc, Tunisie et Egypte. Dr Nathalie Bassil, consultante principale de la région Moyen-Orient et Afrique de IQVIA, a indiqué qu’il s’agissait de prix utilisés aujourd’hui par le Comité économique du médicament. Pour ce faire, cette étude comparative s’est intéressée à une dizaine d’aires thérapeutiques principales, telles que les antihypertenseurs, les antidiabétiques traditionnels et les antidiabétiques de nouvelle génération qui comptent aujourd’hui pour près de 1,4 milliard de dollars (63%) du marché pharmaceutique algérien total (de vente au détail) en 2017, a indiqué le rapport de l’étude. Cinq molécules considérées comme les plus vendues en Algérie et aussi dans les pays de référence, comportant chacune des originaux et des génériques, ont été choisies pour les besoins de cette recherche. L’étude menée sur les tarifs pratiqués en 2017, en se référant aux taux de change de la même période, a indiqué clairement que contrairement aux idées reçues, l’Algérie présente des prix relativement bas.
« Notre analyse a montré qu’à l’exception de la Turquie, les prix en Algérie sont parmi les plus bas, ce qui pourrait affecter le potentiel d’exportation, avec une tendance similaire pour les originaux et les génériques », a indiqué Nathalie Bassil. En ajoutant : « La plupart des pays de référence de l’Algérie ont un fort système de remboursement, mais les prix moyens sont plus élevés qu’en Algérie. » L’étude a révélé aussi que le marché algérien des médicaments est un marché « attrayant » occupant la troisième place dans la région Mena, et que le pays « maintient une croissance régulière de 6,6% pour atteindre 4,1 milliards de dollars en 2021 ». Tout comme l’a souligné le président de l’Unop, cette étude a fortement démontré que l’application des prix les plus bas pourrait affecter le potentiel d’exportation et décourager dans le même sillage les investisseurs ». En effet, Nathalie Bassil a souligné que l’exportateur qui se réfère au prix bas pratiqués en Algérie aura des difficultés à faire des bénéfices et ne pourra pas concurrencer les autres médicaments non algériens vendus à des prix plus élevés. « Il y a une véritable difficulté à attirer les investissements des sociétés multinationales pour des médicaments de grande valeur », a-t-elle fait savoir. Aussi parmi les conséquences de la politique tarifaire de l’Algérie, le recours systématique de la majorité des fabricants locaux à des technologies simples en raison des prix bas. Abdelouahed Kerrar, qui appelle aujourd’hui les autorités à revoir les prix des médicaments, a estimé que ce produit en plus d’être un enjeu social représente aussi un enjeu économique. Sur ce point, il a déclaré qu’il était possible de concilier entre l’objectif consistant à assurer un accès élargi aux soins, avec celui, non moins important, de rémunérer correctement les producteurs et leur permettre ainsi de se développer. Le responsable a aussi lancé un appel aux autorités pour faciliter l’exportation et booster ainsi l’économie nationale.<